1. L'histoire du chef de Saint-Jacques
Jacques fils de Zébédée et frère de Jean
C'était un pêcheur, l'un des compagnons préférés de Jésus.
Il se trouva associé au même titre que Pierre et Jean aux épisodes les plus marquants de la vie du Christ.
Mais il fut décapité en 44 après Jésus-Christ sur ordre d'Hérode Agrippa qui fut à l'origine de la construction du Panthéon à Rome.
Temple dédié aux dieux romains, empreint de culture romaine il fut roi de Judée (Juifs et Romains).
En 876, Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, roi franc de 843 à 877 et empereur d'occident de 875 à 877 se voit remettre par les moines du monastère de Saint-Jacques en Galice (nord-ouest de l'Espagne) le crâne de Saint-Jacques, dit le majeur (Jacques d'Alphée ou Jacques dit le mineur, un des 12 apôtres de Jésus).
Couronné empereur À Rome le 25 décembre 875, son titre et le fait qu'il se soit fait raser le crâne en signe de soumission à l'église peuvent expliquer ce geste.
Il remit aux moines de l'abbaye Saint Vaast à Arras, cette insigne relique.
L'abbaye comptait alors 130 moines, devenu palais Royal, Charles le chauve y avait passé Noël en 873.
En 843, l'abbaye appartenait à Clotaire premier, fils de Clovis. Clotaire II le céda à Charles.
En 1026, Leduin, Abbé de Saint Vaast ayant fondé le prieuré de Berclau, s’y retire et emporte avec lui la relique.
Le nombre de personnes se rendant à Berclau, ne tarda pas à attirer l'attention des religieux de Saint Vaast, qui en conçurent d'amers regrets.
En 1166, un abbé, nommé Martin résolut de remettre les choses en leur ancien état.
Le chef de Saint-Jacques, après quelques vicissitudes (Habitants s'opposant au retour du crâne à Arras) fut transporté à Arras où on le déposa d'abord à l'église Saint Michel en attendant la solennité qui se préparait pour la réintégrer pompeusement à Saint Vaast.
Le compte Philippe d'Alsace, qui régnait à l'époque sur la ville d'Aire, apprit la nouvelle et courut à Arras (galopa devrais-je dire). Il demanda à voir de près la relique.
Il en profita pour dérober le chef de Saint-Jacques. L'évêque, le chapitre, les religieux de Saint Vast protestèrent en vain.
Il le ramena à Aire le 13 juin 1166.
L'abbé Martin mit tout en œuvre pour protester. Comme dernier argument, l'évêque Milon de Thérouanne menaça de ne point faire la consécration de l'église Saint-Pierre.
Le comte Philippe, annonça que si l'on ne consacrait pas l'église d'Aire, il porterait le chef de Saint-Jacques si loin qu'on n’en entendrait plus jamais parler.
La consécration de la collégiale eut lieu mais le conflit continua, Philippe d'Alsace aurait même proposé des biens à l'abbé de Saint Vaast pour qu'il oublie ses prétentions à vouloir récupérer son bien.
Finalement, en 1172, pressé par l'archevêque de Reims et le pape Alexandre III, Philippe d'Alsace accepta le jugement de Salomon prononcé par Hugues, Abbé de Saint Amand : Le crâne serait partagé en 2 sur le grand hôtel de la collégiale.
Philippe d'Alsace se réserva la partie la plus noble et l'arrière du crâne revint à Arras.
Je terminerai ce premier récit par un trait d'humour : c'est une histoire à en perdre la tête.
Il fit maître dans une châsse la moitié du crâne et en prit la clé.
Ayant appris que certains jetaient des doutes sur l'authenticité de la relique, Philippe voulut vérifier et fit le voyage de Compostelle. Dans cette ville, s’étant informé si le corps de Saint-Jacques était en entier, il apprit qu'on en avait enlevé la tête et qu'elle était en France, ce qui le rassurera.
La châsse fut ensuite reléguée dans le trésor de la sacristie.
En 1272, le prévôt (chef du chapitre des chanoines) remit la relique en honneur : elle fut enfermée dans un vaissel d'argent fin, formant un buste, lequel était porté par 4 anges à chaque coin.
Le buste était orné d'un diadème doré et orné de pierreries avec une petite chaîne d'argent suspendu à son cou.
Le tout pesait une quinzaine de kilos.
Au début du XV siècle une enluminure (lettrine) fut exécutée pour orner le cartulaire de Saint-Jacques.
Le Christ y bouscule Saint-Jacques, installé à relire son épître. Il lui remet un bourdon et un ange le coiffe d’un large chapeau. Il sera ainsi chargé de diffuser la parole du Christ sur les routes lointaines.
Le cartulaire est un livre réalisé avec beaucoup de soin et souvent à grands frais, sur parchemin avec une reliure en cuir et des enluminures.
Ce livre racontait l'histoire de Philippe d'Alsace et du crâne de Saint-Jacques.
En 1669, ce cartulaire est gardé en la trésorerie de l'église d'Aire, dans la salle du chapitre.
La même année, les chanoines ayant demandé et obtenu qu'on enchâsse la relique d’un petit os du crâne, on remarqua que tous ceux qui avaient consenti à cela moururent dans la même année. Ce qui fut attribué au consentement qu’ils avaient donné à la diminution du sanctuaire.
Notons cependant que 1669 fut une année au cours de laquelle sévit une épidémie de peste, ce qui explique sûrement la mort de ces chanoines.
Aujourd'hui la seule relique du crâne de Saint-Jacques le majeur est un fragment d'os, rappelant étrangement ce qui s'est passé en 1669.
Ce fragment d'os est enchâssé dans un buste reliquaire d'une hauteur de 50 cm de style baroque, datant du début du 18e siècle et que l'on peut voir dans l'église de Cappelle-Brouck près de Bourbourg.
Précisons qu’en 1059, date de la première construction de l'église, il y avait à l'époque 14 chanoines sous Baudouin 5, comte de Flandre.
Les premiers chanoines avaient reçu des revenus provenant de terres situées à Cappelle-Brouck, dont ils étaient seigneurs.
Il y eut 31 chanoines sous Philippe d'Alsace, qui aurait fait don d'une relique, dont j'ignore tout, à l'église de Cappelle-Brouck.
On peut également y voir en photo, l'un d'entre nous, un Airois illustre, un certain Michel Behague, dépositaire de l'histoire de notre collégiale.
En 1676, des boulets incendiaires tirés par les Français (à l'époque de Vauban) ont fortement endommagé la salle du chapitre, contenant le cartulaire : plus de 2500 coups de canon, 800 bombes et pots à feu. Celui-ci disparaîtra définitivement sous la révolution.
En 1789, le reliquaire lui-même fut brisé. Il y avait encore à l'époque 27 chanoines (il y en a eu jusque 38, plus qu'à Thérouanne et Saint-Omer).
2. Les processions en l'honneur de Saint-Jacques
À la fois des processions, qui pouvaient avoir lieu à différents moments de l'année mais aussi des messes.
Chaque année, le 25 juillet, jour de Saint-Jacques, les compagnies de jeux et de liesse des villes de Flandre et d'Artois ou des villages des environs venaient à Aire donner devant la halle de la ville, des représentations de farces et moralités auxquelles assistait le magistrat. Il offrait du vin et des prix : aigle et cœur d'argent.
Au XVIème siècle, les chanoines de Saint Pierre faisaient vendre au profit de la fabrique de l'église des enseignes ou médailles de Saint-Jacques.
En 1526, par exemple, ils en firent réaliser par François de Favières, 12 en argent et 3 douzaines en laiton.
En 1541, Antoine Coquel, maître es arts compose un chant royal à la louange de Saint-Jacques.
Des mystères étaient donnés à l'intérieur de l'église Saint-Pierre et le chapitre faisait distribuer du vin de son cellier.
Procession de 1572
il est stipulé que les chanoines sont tenus de se faire raser. Des pommes furent bénites durant la grand-messe et distribuées.
Une procession générale fut organisée à travers la ville, à laquelle assistaient outre le peuple d’Aire et des villages voisins, tout le clergé et les religieux avec les officiers du roi d'Espagne et le magistrat. Les reliques du Saint étaient portées par 2 chanoines, recevant 15 sols chacun alors que les autres chanoines qui assistaient à la procession percevaient 7 sols et 6 deniers.
Les confrères pèlerins de Saint-Jacques participaient à cette procession avec leur large chapeau et leurs bourdons. Ils se faisaient précéder d'un des leurs monté sur un cheval blanc et portant un étendard afin de marquer les victoires remportées autrefois par Saint-Jacques contre les infidèles. Évocation de Saint-Jacques matamore.
Cet étendard se trouve encore en l'église de Cappelle-Brouck
Une anecdote datant de 1620
le 3 août, nous avons arrêté que celui qui doit porter le chef de Saint-Jacques, venant à manquer, prévoit pour celui qui le fera à sa place 1/2 lot de vin du meilleur de sa cave.
En 1641, la ville est assiégée par les troupes de Louis XIII.
Le 19 mai, jour de la Pentecôte, le maréchal de la Meilleraye se présente devant Aire à la tête d'une armée de 25000 hommes.
Parmi les chefs français, un certain Gassion qui donnera son nom au fort que nous connaissons (17e siècle Philippe IV d'Espagne 1642)
Face à eux, 2500 soldats, une garnison de 2000 hommes auxquels s'ajoutent des compagnies wallonnes et italiennes.
Le 17 juillet, Les Français font exploser une mine qui ouvre une brèche considérable. La résistance est héroïque, les jésuites parcourent les postes, distribuent des médailles de Saint-Jacques bénites, jour et nuit. La ville sera cependant prise 10 jours plus tard.
Messe consacrée à Saint-Jacques
Le 06 avril 1661, monsieur Pierre Canlers s'est présenté en ce lieu capitulairement (entouré des chanoines) et demande permission à Messieurs du chapitre de pouvoir faire ses prémices (sa première messe) à l'autel de la paroisse, suppliant de pouvoir exposer la relique de Saint-Jacques pour certaine dévotion qu'il porte à Saint-Jacques, ce que ces Messieurs du chapitre lui ont gracieusement accordé.
3. La confrérie des pèlerins de Saint-Jacques
Elle est déjà mentionnée en 1572.
En 1598, il est attesté qu'elle comptait alors 58 membres, et pour en faire partie, il fallait avoir fait le pèlerinage de Compostelle.
Les chanoines de Cappelle-Brouck étaient confrères de plein droit même s'ils n'avaient pas effectué le pèlerinage.
Il y avait aussi une petite confrérie, sorte de noviciat, à l'intention de ceux qui envisageaient le pèlerinage. Elle comptait 250 membres.
En 1609, 177 membres dans la grande confrérie (3 fois plus de membres en 10 ans) et 500 dans la petite.
Ce nombre continua à augmenter jusqu'à la prise de la ville par les troupes de Louis XIV en 1676.
Les attributs de Saint-Jacques sont le Bourdon, la coquille, la pélerine, la courge servant de gourde et le large chapeau.
On peut encore voir ces attributs sur une façade de la rue de Saint-Omer, datant du XVIII siècle (la ville fut fortement détruite lors du siège de 1710) et servant d'auberge pour les pèlerins fortunés.
Le serpent a une double symbolique : le bâton permettait de se protéger des bêtes gênantes (Loups, serpents) et d'autres agressions. Il symbolise aussi le péché que le pèlerin combat.
Aire-sur-la-Lys a toujours été sur les chemins de Saint-Jacques, notamment pour les pèlerins venant d'Angleterre et de Flandre.
Les pèlerinages vont durer sans répit jusqu'au XVIe siècle, le flot venu de Hollande et d'Allemagne diminuera après la réforme protestante, hostile au culte des saints.
Au 17e siècle, Louis XIV va également freiner très fortement les pèlerinages (1643, 1715) , de même Louis XVI (1715, 1774).
Soit le texte suivant :
la déclaration du mois d'août 1671 (Aire-sur-la-Lys est encore espagnole) et celle du 15 novembre 1717 et août 1738 défendent de faire aucun pèlerinage hors du Royaume, particulièrement à Rome, à Notre-Dame de Lorette et à Saint-Jacques en Galice, sans en avoir auparavant obtenu la permission de l'évêque sous peine d'être poursuivi extraordinairement.
Ce règlement est parfois mal observé car en 1769, l'intendant Caumartin notifie au magistrat d'Aire sur la Lys d'avoir à le faire respecter.
Une anecdote :
En 1727, un procès est fait à Arras pour les pèlerins airois de Saint-Jacques.
3 pèlerins de Saint-Jacques ont été emprisonnés (il existait auparavant une prison au carrefour des rues du Fresne et du Puits) pour avoir mendié et chanté la chanson par la ville, alors qu'un règlement de police du Bailly défendait d'aller mendier ou quêter en ville.
La plaidoirie de l'avocat de la défense fut la suivante :
Cette confrérie est pieuse puisque les deniers de la quête sont employés en services divins.
Cette même confrérie annuellement assiste le jour de Saint-Jacques à la messe qu'elle fait chanter dans l'église collégiale avec leur bourdons et chapeaux.
Les confrères communient à la messe et l'après-midi assistent à la procession en corps de confrérie sous l'égide du vénérable corps de chanoines de la même collégiale.
Les confrères ne sont pas des mendiants comme exposent faussement les mayeurs et échevins, mais des bourgeois de la ville qui travaillent journellement dans les autres confréries.
(À noter que la sépulture de Saint-Jacques étant la plus éloignée de sa patrie que celle de tout autre apôtre, il paraissait comme le plus approprié à l'orientation des messes vers Dieu).
1. La Vierge Marie au secours des Airois lors des grandes misères des temps passés
A la fin du 12e siècle, à la suite de misères et de maladies occasionnées par la guerre, des « charités » sont établies en Artois.
Aire-sur-la-Lys a la sienne, sa confrérie qui se place sous le patronage de la Vierge de l'Assomption. La mission des confrères est de donner du pain aux pauvres. Ils sont appelés Panetiers. D'où l'appellation donnée à la Vierge vénérée de notre ville, Notre-Dame Panetière.
Le siège de 1641
Aire-sur-la-Lys, espagnole, est assiégée par les troupes françaises le 19 mai.
Le magistrat et les chanoines, conscients du danger, ordonnent des prières publiques dans toutes les églises.
Les confréries religieuses, notamment la confrérie de Notre-Dame Panetière se joignent au mouvement.
Réfugiés à Aire-sur-la-Lys depuis 1635, les moines de Ruisseauville exposent leur statue de la Vierge (copie de Notre-Dame de Foy, près de Dinan, en Belgique) à la vénération des fidèles.
Des médailles dédiées aux 2 vierges sont fabriquées en ville et distribuées aux combattants.
Une procession générale est organisée le 26 mai.
Au retour, le saint-sacrement est exposé sur un autel construit au milieu de la collégiale. Le magistrat y dépose les clés de la ville. Du haut de la chaire, un père jésuite prêche avec force et conviction sur la confiance en Dieu et en la Vierge.
Sermon qui arrache des larmes à tout l'auditoire.
Malgré tout, la ville est prise le 27 juillet.
Le 04 août, 2000 personnes quittent la ville volontairement, 900 sont expulsées (les jésuites et les Capucins notamment). Tout cela sur une population voisine de 5000 habitants.
Cependant l'armée espagnole est déjà là. Liilers et Boëseghem sont repris.
Le 7 décembre capitulation française pour le plus grand soulagement de la population.
Les Français sortent de la ville et s'acheminent dans la neige vers Hesdin.
On peut penser que la ville fut protégée par l'action conjuguée des divinités : Saint-Jacques, les vierges d’Aire-sur-la-Lys et de Ruisseauville.
La peste 1668-1669
Comme la peste qui régnait dans les environs d’Aire-sur-la-Lys depuis 1666, menaçait d'étendre ses ravages en ville, les chanoines prirent une délibération, par suite de laquelle, dès le 07 août 1668, était élevé dans la nef de la collégiale, sur seize degrés, un autel splendide sur lequel figurait en première ligne la statue de Notre-Dame Panetière.
Cependant la peste fit des victimes à Aire-sur-la-Lys, et les chanoines peu rassurés, députèrent le 7 novembre 1668, deux des leurs vers le magistrat assemblé aux halles, pour convenir de plusieurs jours de dévotion.
Finalement, la messe votive de la délivrance de la peste fut célébrée le jour de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 1669.
Après la messe ordinaire du chœur, et l'après-midi, les vêpres chantées, on fit une procession générale où fut portée Notre-Dame Panetière qui avait protégé notre ville.
La famine de 1740
Après un hiver des plus rigoureux, le froid ayant suspendu la fécondité de la terre, étouffé une partie des semences, cela occasionna une disette.
Le 29 mai 1740, la procession fut faite par le chapitre où assistèrent le clergé de Notre-Dame, les révérends pères capucins, les confréries, les corps et métiers, les solidarités et écoliers des révérends pères jésuites.
26 porte-faix portaient alternativement la statue de Notre-Dame.
Le reliquaire de Saint-Jacques fut porté alternativement par 6 chanoines.
L'image de la Vierge demeura exposée avec éclat jusqu'au 15 juin.
La famine ne pouvait disparaître soudainement, le fléau continua de se faire sentir jusqu'à la récolte de l'année suivante, du moins ceux qui souffraient davantage, les pauvres furent soulagés.
La sainte vierge toucha en leur faveur le cœur des riches. Le chapitre en particulier s'engagea à verser chaque mois 200 francs pour leur soulagement. Ils purent ainsi se procurer plus facilement les aliments de première nécessité.
Le choléra de 1849
Le dimanche 22 juillet, un membre du clergé parcourut les diverses églises de la ville : Clarisses, Saint Jean- Baptiste et Collégiale. A 7h30 du soir l'église était comble. Plus de 5000 personnes.
Procession du dimanche 29 juillet
La statue de Notre-Dame Panetière sortit en procession de l'église Saint-Pierre.
Il existe encore une médaille datant du 30 juillet 1849 remise à un porte-faix de la confrérie Saint-Christophe.
Il y avait sur la grand-place 3 arcs de triomphe 1641, 1669 et 1740, époque historique de la protection miraculeuse de Notre-Dame Panetière.
Comme aux siècles précédents, la statue de Notre-Dame Panetière fut descendue de sa chapelle et placée sur un magnifique trône élevé en avant de la grande nef, au-dessous du jubé.
[J'ai choisi volontairement les 3 épisodes précédents car ils étaient évoqués comme révélateurs des pouvoirs bienfaiteurs de la Vierge]
Comme une des plus touchantes preuves de la dévotion à Marie en cette ville, une des 3 portes de la ville fut appelée porte Notre-Dame, à l'arrière de la collégiale, en direction de la Flandre.
2. Les congrégations mariales ou solidarités
(Confréries religieuses chargées de célébrer des cultes particuliers)
Ce fut en 1563, au moment où s'achevait le concile de trente, qu'un liégeois, le père Jean Leunis, fonda au collège des jésuites de Rome, la première congrégation mariale.
L'institution, au départ, était tout à fait modeste puisqu'elle ne visait qu'à réunir sous le patronage de la Vierge, quelques élèves zélés qui souhaitaient pratiquer plus intensément avec leurs professeurs des exercices de piété.
Ces associations pieuses que Grégoire XIII appelait des écoles de vertu, avaient pour but la sanctification (rendre saint) personnelle de leurs membres et pour moyen la prière, la pratique assidue des sacrements, la dévotion à la sainte vierge.
Un exemple illustrant la vertu recherchée :
Les congréganistes éviteront les mauvaises compagnies, les conversations sales, fausses et malhonnêtes. Par leur modestie et leur tenue qu’ils soient un modèle pour le prochain comme il convient pour un vrai dévot de Marie. Les sodales qui sont encore au collège doivent soigneusement observer les règles de l'établissement. Si quelqu'un se conduisait avec insolence, il sera, après 4 avertissements, séparé de la congrégation.
Pour que la congrégation reste très pure, personne n'y sera admis sans un temps de probation et sans avoir donné de gages de sa persévérance.
On doit se séparer de celui qui tombe dans une faute grave et y reste attaché.
Déclaration d'un postulant à la congrégation (en vieux français)
« Sainte Marie, mère de Dieu et Vierge, je te choisis aujourd'huy pour dame et maîtresse, Patronne et advocate , et j’ordonne et propose fermement dedans moy, de jamais ne te délaisser, et de ne dire, ne faire jamais, que par mes subjects quelque chose soit faicte contre ton honneur, je te supplie doncque très affectueusement, qu'il te plaise me recevoir pour ton perpétuel serviteur ;
assiste moy en toutes mes actions, et ne m'abandonne point à l'heure de la mort.
De plus chaque congréganiste reçoit au début de chaque mois l'image d'un Saint dont il doit essayer d'imiter les vertus éminentes.
Les prières
La congrégation étant une école de vie chrétienne, ce sont les prières qui rythment la journée du lever jusqu'au coucher.
Le matin l'ave Maria Stella
7 quatrains
Salut, étoile de la mer,
Mère nourricière de Dieu,
Et toujours vierge,
Heureuse porte du ciel.
Le congréganiste ou sodale récitera cinq Pater Noster et cinquante Ave Maria chaque jour, en portant toujours sur soi le chapelet.
Le soir le Salve Regina
Auteur : Adhémar de Monteil, évêque du Puy au XIe siècle.
Au XIIe siècle, Saint Bernard, le célèbre dévot de Notre-Dame, y a ajouté les 3 dernières invocations pleines de tendresse.
Salut, ô Reine, mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut !
Enfants d'Eve, de cette terre d'exil, nous crions vers vous ; vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
ô vous, notre avocate, tournez vers nous vos regards compatissants.
Et après cet exil, obtenez-nous de contempler Jésus, le fruit béni de vos entrailles.
ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.
La confession hebdomadaire, comme règle dès 1575, est une révolution. Les jésuites sont à l'origine des confessionnaux qui permettent une confession beaucoup plus intime, auparavant elle était publique.
Des instructions sont rédigées sur la façon de se présenter devant le tribunal de la pénitence, avec une méthode très détaillée et très fine pour parvenir à mieux se connaître et à conduire avec précision son examen de conscience.
Cette pratique régulière du sacrement de pénitence conduit tout naturellement à la communion, qui devient également hebdomadaire des 1580.
À noter qu'en 1750, il y eut à la chapelle Saint-Jacques 180 000 communions, cela représente 500 personnes partageant le pain du Christ chaque jour.
Chiffre impressionnant qui ferait rêver l'Abbé Aimé qui aurait sûrement eu quelques difficultés à assurer le service divin.
Les congréganistes sont enfin astreints à participer aux fêtes données en l'honneur de la Vierge.
Quelques exemples :
La solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier.
La purification ou chandeleur, le 2 février.
Cierges que l'on bénit et que l'on offre.
L'annonciation, le 25 mars, l'Ange Gabriel s'est présenté à Marie
La visitation, le 31 mai, visite de Marie à sa cousine Élisabeth.
L'Assomption, le 15 août, la Vierge est élevée au ciel.
La Nativité de la Vierge, le 8 septembre.
La solennité de l'Immaculée conception le 8 décembre.
Une des difficultés de l'époque était de parvenir jusqu'aux plus simples habitants, de les conduire à se comporter dans le quotidien en vrais catholiques.
Les jésuites avaient conclu à la nécessité de développer la croyance grâce à une personne de même condition : seul un étudiant pouvait trouver les mots et la manière pour conduire son condisciple à changer de vie, seul l'ouvrier pouvait convaincre avec des chances de succès son compagnon de travail.
Une anecdote :
Il existait à Cahors, une congrégation de vendangeurs dont la mission des sodales était de veiller à ce que leurs collègues n'abusent pas du produit local notamment lors des dimanches et fêtes.
Si à l'origine les congrégations mariales s'adressent à une certaine élite, peu à peu, les jésuites parce qu'ils sont des missionnaires et des éducateurs remarquables réussissent à atteindre tous les milieux sociaux des villes.
Augmentation du nombre de membres et de congrégations
Augmentation du nombre de personnes
1616 : une congrégation de 70 bourgeois (arrivée des jésuites)
1656 : 150 bourgeois
1742 : 600 bourgeois
Augmentation du nombre de congrégations
En 1738 : 32 congrégations mariales
Les canonniers, les archers, les tanneurs, les brasseurs, les bourgeois, les nobles, les ecclésiastiques, les élèves, les jeunes gens, les porteurs de drapeaux ….
Les confrères étaient invités à se lier d'amitié avec les autres membres et à deviser de choses bonnes, saintes et vertueuses.
C'était donc toute une règle de vie chrétienne qui se trouvait ainsi proposée, augmentée d'un apprentissage de la vie en communauté.
Ces congrégations mariales fournissant la foi et un idéal qui doivent donner au pays sa cohésion et permettre de le souder, vont se trouver confrontées très tôt au Parlement de Paris car les jésuites faisaient vœu de reconnaître le pape au-dessus de toutes les autres dignités, et notamment celle du roi.
En 1572, l'ordre des jésuites fut dissous par Louis XV car ils contrôlaient un peu trop la société française et avaient constitué une sorte d'état dans l'état.
Je tenais à préciser que je me suis en partie appuyé sous les travaux des historiens airois : Madame Maillard Delbende, Messieurs Fournier et Aubert qui furent naguère mes collègues, et sur les recherches de Louis Châtellier à propos des congrégations mariales
Je tenais aussi à vivement remercier Madame Véronique Goblet, qui mit à ma disposition les trésors de son fonds ancien, et qui est toujours d'un précieux secours,
ainsi que mon vieux copain, Philippe Lekieffre pour la mise en image de ce que j'ai pu vous dire.
Enfin je voulais dédier cet exposé à une ancienne guide et amie, une Américaine, véritable puits de sciences, à savoir Madame Lynn Morreel.
Un jour que nous étions dans cette chapelle, elle m'a dit :
Tu devrais insister plus sur les congrégations mariales.
résultat :
Les visites qui me prenaient auparavant 1 h et demie, me prennent maintenant 2h et demie.
Ave Maria Stella
Salut, étoile de la mer,
Mère nourricière de Dieu,
Et toujours vierge,
Heureuse porte du ciel.
Recevant cette Ave
de la bouche de Gabriel,
affermissez-vous dans la paix,
par ce changement du nom d’Eve.
Rompez les liens des pêcheurs
rendez la lumière aux aveugles,
éloignez de nous les maux,
Obtenez nous tous les biens.
Montrez-vous notre mère :
qui l'accueille par vous nos prières
celui qui, pour nous
voulu être notre fils.
Vierge sans égale
douce entre toutes,
délivré de nos fautes,
rendez-nous doux et chastes.
Accordez nous une vie innocente,
Rendez nos voies sûres
afin que voyant en Jésus,
nous goûtions avec vous les joies éternelles.
Louange à Dieu le père
gloire au Christ roi,
il a l'esprit Saint :
honneur égal aux trois.
Amen !