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mardi 12 août 2025

Mardi 12 août - AIRE-SUR-LA-LYS, la chapelle saint Jacques, l'exposition et la conférence


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L'EXPOSITION du 10 au 17 août


Une belle exposition était présentée au public du 10 au 17 août de 15h à 18h dans le cadre de la Neuvaine à Notre-Dame Panetière.

Les affiches ont été réalisées sous l'égide de l'association "EGLISES OUVERTES, France", découverte du contenu de leur Site internet. Les textes sont rédigés par des stagiaires de l'université d'Artois, des bénévoles d'Eglises Ouvertes etc...Les photos et les maquettes sont sont réalisées par Jean-Georges CAPELAIN. 



JACQUES LE MAJEUR, HISTOIRE ET REPRESENTATIONS

Jacques, pêcheur du lac de Tibériade, est, avec son son frère Jean et avec Pierre, l'un des premiers disciples de Jésus. Il aurait été envoyé en Espagne, mais sa mission est un échec. Revenu à Jérusalem, arrêté par les Juifs, il est décapité.
La légende prend alors le relais: son corps place dans une barque, emporté vers la péninsule ibérique, y aurait été enseveli.
Vers 815, alerté par un pieux ermite qui a vu une lumière surnaturelle sur le lieu appelé dès lors Campus Stellae (champ de l'étoile) à l'origine de Compostelle, l'évêque du lieu met au jour ce qui passe depuis pour être la sépulture de Jacques. Une église est construite au-dessus du tombeau qui sera bientôt le point d'arrivée du pèlerinage.
L'iconographie de saint Jacques évolue: d'apôtre portant le livre de l'Evangile et bientôt muni de l'équipement du pèlerin, il voit son biton se transformer en épée. Monté à cheval, il la brandit pour exterminer les Maures, devenant ainsi pour les rois des Asturies, berceau de la Reconquista, le signe de leur combat contre les infidèles.


HISTOIRE DU PELERINAGE ET LA RECONQUISTA

Jacques le Majeur, histoire et représentations :
Très vite après la découverte de la combe de saint Jacques. le roi des Asturies fait construire un premier sanctuaire et vient lui-même en pèlerinage. Malgré les razzias musulmanes et les raids normands, les pèlerins se mettent en route.
Le succès de Compostelle est accru par l'impossibilité de se rendre à Jérusalem prise en 1055 par les Turcs. Partout naissent des confréries souvent liées au pèlerinage. C'est le cas à Arras.
Du 13 au 16 siècle, l'afflux des pèlerins décroît: guerre de Cent ans, Réforme, guerres de Religion, guerre entre France et Espagne sont des freins importants. Au 18 siècle, le pèlerinage se heurte aux contestations des Lumières.
À partir du 19 siècle, l'esprit de pèlerinage renaît peu à peu pour connaître un développement considérable à partir du dernier tiers du 20° siècle. Les chemins du pèlerinage et la ville de Compostelle ont bénéficié de la reconnaissance de l'Unesco.

La Reconquista
A partir de 711, les Maures conduits par Tarik ibn Ziyad traversent le détroit qui portera plus tard son nom: Gibraltar (Djebel al Tariq = montagne de Tarik) et conquièrent la péninsule. Les chrétiens d'Espagne se réfugient dans les royaumes au nord et à l'ouest; très vite, une résistance s'organise qui chasse les armées musulmanes des montagnes des Asturies. La lente reconquête (Reconquista) se met en marche; elle libère la route menant à Compostelle et bénéficie miraculeusement du soutien de saint Jacques: en 848, épée à la main, le saint apparaît sur un cheval blanc à un prince chrétien en difficulté face aux Maures. Galvanisées, les troupes espagnoles l'emportent et saint Jacques devient le saint tueur des Maures, le Matamore. Cette résistance servira de référence pour la croisade vers Jérusalem que lancera Urbain II à Clermont en 1095. La Reconquista s'achèvera en 1492 par la prise de Grenade par Isabelle la Catholique.


MOTIVATIONS DES PELERINS ET LES RELIQUES

A une époque où la foi est un tourment et le salut une hantise, l'expiation est le seul gage d'éternité. Le pèlerin renonce provisoirement au monde et s'impose une démarche difficile pour assurer le salut de son âme, pour obtenir une aide, une guérison, un miracle ou encore pour s'acquitter d'un vœu ou d'une réparation imposée par un tribunal religieux ou même civil.
Le pèlerin qui ne peut ou ne veut pas partir lui-même peut faire accomplir le trajet par un membre de sa famille, par un serviteur ou par un professionnel rémunéré. Mahaut d'Artois est peut-être celle qui a le plus recours à ce pèlerinage par procuration. Le début de son règne est heureux, mais elle traverse bientôt de grandes épreuves: en 1304, lorsque sa fille tombe malade, elle dépêche un pèlerin à Saint-Jacques. Nouvelle mission semblable en 1317, à la mort de son fils Robert. Elle y a encore recours à plusieurs reprises avant sa mort en 1329.
Les pèlerins ont besoin d'un médiateur entre les mondes profane et sacré. Les reliques qui sont ce qui reste d'un saint (éléments corporels, vêtements...) et à qui on attribue un pouvoir surnaturel jouent ce rôle. Elles permettent d'avoir un contact physique avec le sacré par le toucher, l'ingestion, la vénération à Compostelle, le premier geste des pèlerins est d'embrasser les pieds de saint Jacques, l'apôtre qui a touché Jésus.
Les églises de pèlerinage comme Toulouse, Conques... et bien sûr Compostelle sont conçues pour l'accueil des foules et la vénération des reliques. On doit à l'essor de cette démarche de piété, l'extension du déambulatoire. Les reliques sont gages de prospérité pour leurs détenteurs et font parfois l'objet d'enlèvements (le corps de sain Marc est volé en Égypte par Venise) ou de partages (le crâne de saint Jacques se trouvait en partie à Arras et en partie à Aire).
Les reliquaires sont des boîtes, coffrets ou châsses souvent constitués de matériaux nobles.


LES CHEMINS DE SAINT JACQUES

Au 10 siècle, époque des premiers pèlerinages connus, la route de Compostelle longe le littoral, à distance respectueuse des combats entre chrétiens et musulmans. Au 11 siècle, en raison des raids des Normands, le chemin intérieur est privilégié. C'est au début de ce chemin, à Puenta la Reina, que se rejoignent les quatre itinéraires venant de France:
- la route de Paris (Via Turonensis): au départ de la tour Saint-Jacques à Paris, elle traverse Orléans, Chartres, Tours, Poitiers, Saintes ou Angoulême, Bordeaux;
- la route de Vézelay (Via Lemovicensis) : au départ de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay en passant par Limoges;
la route du Puy (Via Podiensis): du Puy-en-Velay jusqu'à Ostabat;
- la route d'Arles (Via Tolosana): au départ d'Arles, passant par Toulouse.
Ces quatre têtes sont elles-mêmes des sanctuaires et des centres de pèlerinages importants. Les quatre itinéraires n'ont rien d'absolu et beaucoup de pèlerins choisissent leur parcours en fonction de critères personnels (sécurité, dévotion particulière, etc.).
Il existe aussi des voies maritimes comme celles des pèlerins des îles anglo-saxonnes. Certains accostent directement à la Corogne, d'autres débarquent en France. Le trajet est plus long, mais sa difficulté confère à la démarche sa valeur rédemptrice.


L'EQUIPEMENT DU JACQUET ET LES DIFFICULTES DU CHEMIN

Les membres de la noblesse ou du haut clergé sont à cheval, mais la grande majorité est à pied. Un bourdon (bâton) facilite la marche et peut être une arme contre brigands ou bêtes féroces. La besace ou panetière porte la réserve de pain. Une gourde ou une calebasse complète l'équipement auquel s'ajouteront un chapeau à larges bords et une grande cape. La coquille est l'emblème spécifique. Acquise au terme du voyage, elle symbolise l'accomplissement, la récompense suprême et devient même l'attribut de l'apôtre Jacques.
Depuis toujours, les pèlerins cherchent des moyens de prouver qu'ils ont effectué un chemin de pèlerinage. Il existe plusieurs formulaires :
- la crédencial délivrée par les associations et qui reçoit les tampons attestant des étapes parcourues;
- la compostela est un certificat donné à l'arrivée aux pèlerins ayant effectué au moins les 100 derniers kilomètres à pied (ou 200 à vélo).
Les difficultés qui attendent les Jacquets sont grandes: longues marches, pluie, soleil, loups, bateliers avides ou préposés des péages qui délestent les pèlerins de leurs ressources. Le Guide du pèlerin n'a pas pu les aider. La célébrité actuelle de cet ouvrage attribué au moine poitevin Aimery Picaud est trompeuse: les manuscrits étaient rares et peu connus; la traduction n'est parue qu'en 1936. Par contre, les pèlerins peuvent trouver, dans des lieux d'accueil, aide, soins et nourriture: on lave les pieds, on rase, on épouille, on coupe les ongles, on réconforte et restaure les pèlerins. Assez souvent ces lieux d'accueil ou hospices sont construits hors les murs pour être accessibles après l'heure de fermeture des villes. Des niches sont creusées dans les murs extérieurs de la cité où sont déposés pain et eau. À l'hospice de Roncevaux fondé au 12º siècle, les pèlerins reçoivent des provisions pour passer les montagnes. Quant à ceux qui, épuisés ou malades, finissent leurs jours au bord des chemins, ils sont ensevelis dans leur tenue de jacquaire, une coquille sur la poitrine, au plus près d'une église ou d'une chapelle, ou encore dans un des nombreux petits cimetières qui jalonnent les voies pérégrines.


L'ORGANISATION DU PELERINAGE

L'afflux de pèlerins rend très tôt nécessaire l'organisation de leur passage. Sous le patronage de confréries, d'ordres religieux ou militaires, on voit se multiplier les fondations pieuses, églises et hôtelleries. De nouvelles bourgades voient le jour, villages caractéristiques du pèlerinage avec leur rue unique, leur gîte d'étape et leur église.
Des Français d'origine modeste s'y établissent et contribuent à repeupler les terres reprises à l'envahisseur musulman. Maçons, tailleurs de pierre, charpentiers... ont la possibilité d'exprimer leur talent et s'installent le long du camino.

Ordres religieux et saints cantonniers.
Les fondations hospitalières qui jalonnent la route sont tenues par des moines bénédictins. Cluny possède de chaque côté des Pyrénées de nombreux couvents habités par des moines. Ces lieux d'accueil sont des maisons de Dieu pour le réconfort des pèlerins.
D'autres acteurs interviennent: les saints cantonniers. Des ermites cherchant à gagner leur salut se font cantonniers. Le plus connu est Domingo de la Calzada. Ce moine mène la vie rude d'un ermite et s'installe sur les bords du rio Oja. Il travaille à l'amélioration de la chaussée menant à Compostelle. Il construit un premier pont en bois et quelques années plus tard il le rebâtit en pierre, trace les routes qui y accèdent et construit un hospice et une église. Cet ensemble donnera naissance à une cité qui lui doit son nom: Santo Domingo de Calzada.

Cluny, Compostelle et la Reconquista.
Les moines de Cluny (Bourgogne) aident à la Reconquista, soutiennent les rois de Castille dans cette démarche et bénéficient en retour de leur soutien.
Cluny s'implante donc fermement en Espagne à partir du milieu du 11 siècle. Il reprend des monastères existants et y introduit la règle bénédictine. Cluny se trouve ainsi impliqué dans la défense du royaume, dans la Reconquista et offre de nombreux relais aux pèlerins empruntant le Camino Francés.
La croisade va s'inspirer du pèlerinage: tous deux sont une marche à travers mille difficultés, et offrent le risque d'être sans retour. Mais mourir en marche vers Compostelle ou mourir à Jérusalem, c'est s'assurer l'entrée dans la patrie céleste.


LE PASSE JACQUAIRE D'ARRAS

La relique du chef de saint Jacques
L'abbaye Saint-Vaast, fondée au 6º siècle par saint Aubert, sur le tombeau de saint Vaast, reçoit au 11° siècle des mains de Charles le Chauve une relique rapportée d'Espagne. Subtilisée une première fois au 11º siècle par un seigneur abbé, au bénéfice d'une de ses terres à Billy-Berclau et une deuxième fois au 12 siècle, elle arrive à la collégiale Saint-Pierre d'Aire-sur-la- Lys. Cependant, au prix d'âpres transactions, l'abbé de Saint-Vaast obtient la moitié du crâne.

Les établissements sous le vocable de Saint-Jacques à Arras
Au 12º siècle, une chapelle dédiée à saint Jacques est située dans l'enclos de l'abbaye Saint-Vaast mais elle disparaît très vite.
Au 13° siècle, à la suite de deux donations, apparaît un ensemble hospitalier: l'hôpital Saint-Jacques et le petit hôpital Saint-Jakėme.
Les bâtiments servent d'hôtel de passage pour pèlerins sans gîte, clercs et prêtres, et d'asile de nuit pour les pauvres. Au 14° siècle, les deux établissements sont dirigés par une communauté de six hommes et sept femmes, laïcs célibataires, soumis à une règle sans former un ordre religieux. Les ressources sont assurées par des quêtes. Cependant la situation financière est précaire et, en avril 1464, la maison nommée petit hôpital est vendue. 70 ans plus tard, les bâtiments tombent en ruines et Charles Quint, dans un édit de 1554, supprime l'hôpital.

Confrérie Saint-Jacques
La confrérie Saint-Jacques est très ancienne. Il en est fait mention, en 1260, dans une pièce satirique d'un trouvère arrageois. A partir de 1494, elle est installée dans l'ancien hôtel de Rely, derrière l'église Sainte-Croix. La confrérie est administrée par un mayeur et quatre échevins renouvelables tous les ans. Le mayeur porte un bâton de parade et la plaque pectorale à l'image de l'apôtre, suspendue au cou par une chaîne de coquilles d'argent. La confrérie est certes une association pieuse et charitable mais elle est aussi une joyeuse compagnie qui participe à toutes les grandes fêtes officielles ou populaires.
La confrérie disposait d'une chapelle construite au 14º siècle et d'une grande salle pour assemblées et banquets. En 1602, elle décide de faire décorer la grande salle par les portraits des mayeurs peints sur des panneaux de bois.
Les pèlerinages ralentissant à partir du 17º siècle, les locaux sont progressivement abandonnés et la confrérie dissoute en 1779.


SAINT JACQUES DANS LES HAUTS DE FRANCE

Parmi toutes les églises qui, dans les Hauts-de-France, se réfèrent à Compostelle, trois ont été inscrites sur la liste du patrimoine mondial dans le cadre du bien culturel en série Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France: Amiens, Compiègne et Folleville

Cappelle-Brouck
L'église Saint-Jacques-le-Majeur à Cappelle-Brouck, édifiée en 1169 devient très tôt, grâce au don d'une relique par Philippe d'Alsace, comte de Flandre, une des étapes possibles du voyage des pèlerins. En 1927, l'église est inscrite au titre des Monuments Historiques. Fortement endommagé durant la guerre en 1940, l'édifice a subi des reconstructions, notamment celle du transept sud. La façade occidentale fut quant à elle reconstruite à la suite d'un effondrement dans les années 1950. L'église abrite une statue en bois du 18º siècle de saint Jacques le Majeur.

CAPPELLE-BROUCK
Eglise Saint-Jacques-le-Majeur
Bannière et statue du 18 siècle

AMIENS
Labyrinthe de la cathédrale Notre-Dame

AIRE-SUR-LA-LYS
Saint Jacques et ses attributs
Sur une façade de la rue de Saint-Omer




SAINT JACQUES DANS LES HAUTS DE FRANCE
Aire-sur-la-Lys
Dans la collégiale Saint-Pierre d'Aire-sur-la-Lys, construite entre 1492 et 1634, une fresque en quinze tableaux raconte l'histoire de la relique de saint Jacques. On y voit aussi les miracles ayant eu lieu devant le chef de l'apôtre, principalement des résurrections d'enfants.
Arras
La cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption et Saint-Vaast d'Arras
est l'ancienne église de l'abbaye Saint-Vaast reconstruite au milieu du 18° siècle par Contant d'Ivry. Détruite à 70% lors de la Première Guerre mondiale, elle a été reconstruite à l'identique. Aujourd'hui, dans le reliquaire qui date de 1858, il ne reste que quelques fragments du crâne de saint Jacques, la relique ayant été volée en 2012.



SAINT JACQUES DANS LES HAUTS DE FRANCE

Amiens
La cathédrale Notre-Dame est la plus vaste cathédrale en France de style gothique. Dans le transept sud, un relief datant d'après 1511, victoire saint Jacques le Majeur sur le magicien Hermogène dont il neutralise les sortilèges au point de le convertir.

Folleville (Somme).
L'église Saint-Jacques-le-Majeur-et-Saint-Jean-Baptiste, de style gothique flamboyant, est classée au titre des monuments historiques. Elle conserve la chaire du haut de laquelle saint Vincent de Paul prononça un sermon, à l'origine de la création des prêtres lazaristes.

Compiègne (Oise)
L'église Saint-Jacques, de style gothique est située sur le chemin des pèlerins allant de Bruxelles à Compostelle. La plus grande partie de l'édifice date du 13 siècle mais le clocher a été ajouté au tournant des 15 et 16 siècles. Elle conserve un trésor de reliques qui subsistent de l'ancienne et puissante abbaye Saint-Corneille disparue à la Révolution.

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DEPUIS 990
Le chemin de la Via Francigena fait le lien entre le nord et le sud de l'Europe, passant en grande partie par la France. C'est une des plus anciennes voies européennes. Lorsque la domination des Francs succéda à celle des Lombards, le nom de Via Francigena,
La route qui provient de France», fut attribué à ce chemin de pèlerinage, autrefois route de commerce très fréquentée par des pèlerins français.
En 1994, elle est nommée au titre de grand itinéraire culturel du Conseil de l'Europe » ce qui a participé à son renouveau et a entraîné un regain d'intérêt pour ce chemin de pèlerinage longtemps délaissé au profit de celui de Saint-Jacques de Compostelle.

SIGÉRIC, 
Sigéric, moine anglais et archevêque de Cantorbéry, est l'un des premiers à avoir effectué le trajet de la Via Francigena en 989, lorsqu'il est nommé archevêque. Il décide de se rendre à Rome à pied afin de recevoir le pallium, l'ornement liturgique qui symbolise sa nomination.
Une fois de retour de son voyage, il s'attelle à le décrire et à expliquer chaque étape de ses 1900 km de trajet. Bien qu'existant depuis bien avant Sigéric, la Via Francigena a vu naître avec lui sa plus ancienne description détaillée et connue. Le trajet de Sigéric est maintenant le chemin le plus emprunté par les pèlerins voulant parcourir la Via Francigena et rejoindre Rome.


LE TRACE DE CANTORBERY A ROME
En 58 avant J.C., Jules César décide de créer une route reliant Boulogne et Rome afin de faciliter les échanges commerciaux. La route fait partie de la Via Agrippa, un réseau rassemblant plusieurs voies romaines qui traversent la Gaule. Cette route, de plus en plus empruntée, s'étend et se développe. Elle relie aujourd'hui le sud de l'Angleterre à Rome.
Quelques années plus tard et suite à l'avènement du christianisme, cette ancienne voie commerciale devient un chemin de pèlerinage et le moyen le plus sûr pour les pèlerins d'effectuer le trajet qui les sépare de Rome.


A LA DECOUVERTE DU TRAJET
Lieux et paysages 1

Calais Notre-Dame
L 'église Notre-Dame de Calais a été fortement endommagée durant la guerre qui opposa la France à l'Angleterre.
Durant l'occupation anglaise à la fin du XIV siècle, elle est reconstruite, agrandie, et rattachée à l'archevêché de Canterbury.
La ville redevient française en 1558.
Construite en forme de croix latine, rappelant une forteresse, l'église se démarque par le fait que son clocher ait été construit au centre du bâtiment, selon un style perpendiculaire purement anglais.

Wissant Église Saint-Nicolas
D'abord érigée au XIIe siècle à côté du cimetière, la chapelle Saint-Nicolas fut déplacée au centre du village. Elle possède une façade à pignon recouverte d'un bardage tuilé typique du Boulonnais ainsi qu'un clocher en ardoises posé au-dessus de la toiture. En 2016, elle est inaugurée après plusieurs mois de travaux de rénovation. Les pèlerins accèdent à l'église en venant du cap Blanc-Nez et en remontant depuis la plage.

Licques Abbatiale Notre-Dame
Fondée en 1131, la collégiale de la Vierge Marie est devenue l'abbaye royale Notre-Dame de Licques en 1132, date à laquelle elle accueille l'ordre des Prémontrés. L'abbaye a été détruite de nombreuses fois au cours de l'histoire. De nos jours, il ne reste du XVIIIe siècle que la nef, deux pavillons d'entrée et le sol de l'ancien cloître.


A LA DECOUVERTE DU TRAJET
Lieux et paysages 2

Guémy Chapelle Saint-Louis
La chapelle Saint-Louis a été construite par Antoine de Bourgogne un style néo-gothique avec des pierres de taille. Longtemps restée en état de désuétude, elle a été restaurée au statut de ruines en 1930. Située sur les hauteurs de Guémy, elle offre une vue sur la vallée de la Hem et la Flandre côtière.

Leulinghem Église Saint-Maurice
Construite en pierre blanche au XIIe siècle, l'église Saint-Maurice possède un profil particulier qui étonne : un chœur probablement sur une base romane, en forme de donjon, qui domine une nef gothique. Elle a été restaurée dans les années 1950 par les moines de Wisques. Cette église fait partie du réseau Églises Ouvertes avec Cormette et Zudausques. On retrouve notamment à Zudausques le bras reliquaire de saint Lambert. Ces lieux sont très prisés des pèlerins de la Via Francigena.

Wisques Abbayes ND et St-Paul
L'abbaye Notre-Dame de Wisques et l'abbaye Saint-Paul sont des abbayes bénédictines. L'abbaye féminine Notre-Dame est fondée en 1889. De style néo-gothique, elle est consacrée à la Vierge Immaculée. L'abbaye Saint-Paul est d'abord installée dans un château. L'extension est due à Dom Bellot, architecte de la première moitié du XX siècle, qui a travaillé dans le monde entier.
Elles sont ouvertes pour des séjours de retraite spirituelle et sont un point relais pour les pèlerins sur la Via Francigena.


A LA DECOUVERTE DU TRAJET
Lieux et paysages 3

Thérouanne Église Saint-Martin
Ville épiscopale rasée par Charles Quint au XVIe siècle, Thérouanne se reconstruit en-dessous de l'ancienne ville avec une première église Saint-Martin. Celle-ci est reconstruite au XIX° siècle sur l'emplacement de l'ancienne église. Rénovée dans les années 2000, l'église présente sur les vitraux les armoiries des 60 évêques de Thérouanne. À l'intérieur de l'église, on peut admirer un Christ athlète inspiré du Christ de Michel-Ange.

Amettes Église Saint-Sulpice
Construite au XVI siècle, l'église est de style gothique tardif. Elle a été agrandie au XVIII siècle. En raison du lien avec Benoit Labre, de nombreux pèlerins s'arrêtent dans cette église.
Ils y retrouvent des reliques, les fonts baptismaux dans lesquels il a été baptisé ou encore la paillasse sur laquelle il est mort à Rome.
Saint Benoit Labre est né le 26 mars 1748 à Amettes. Surnommé "le vagabond de Dieu", il découvre que sa vocation est celle d'être pèlerin. Il parcourt les routes d'Europe en se tournant vers Dieu. Il passe les dernières années de sa vie à Rome où il décède le 16 Avril 1783. Un siècle plus tard, en 1881, il est canonisé.

Ferfay Chapelle de Ferfay
Chapelle de style néo-classique en pierre blanche, elle est avant tout le mausolée de la famille Hinnisdal. L'édifice a été construit en 1826 dans le parc de l'ancien château en face de l'église.
Fait particulier, elle comprend une crypte et un clocher. Restaurée en 2017, elle est clôturée par une grille de fer forgé.

Fresnicourt Croix de Verdrel
Datée de 1592, cette croix de grès fait partie des quatre croix de ce type encore visibles le long de la chaussée Brunehaut.


A LA DECOUVERTE DU TRAJET
Lieux et paysages 4

Arras Cathédrale ND de l'Assomption et Saint-Vaast
La cathédrale d'Arras est un ensemble néo-classique du XVIII siècle. On doit cet édifice à l'architecte Contant d'Ivry qui a repris les plans de l'église de La Madeleine à Paris. Les origines de la cathédrale remontent au VIII siècle. Elle était à l'époque l'église abbatiale de l'abbaye Saint-Vaast. Lors de la Première Guerre mondiale, elle fut détruite à 70% mais reconstruite à l'identique.

Bapaume Église Saint-Nicolas
Les églises de Bapaume ont subi de nombreuses destructions au fil du temps. L'église saint-Nicolas est la quatrième à se dresser sur cet emplacement. Elle a été reconstruite en 1924 et témoigne de l'architecture de l'entre-deux guerres. L'architecte Eugène Bidart a fait le choix de réinterpréter l'ancienne église flamboyante et baroque en alliant des matériaux contemporains et traditionnels.

Rocquigny Église Notre-Dame
La ville de Rocquigny a été fortement détruite durant la Première Guerre mondiale et s'est engagée dans une politique de reconstruction entre les deux guerres. Suite à un concours organisé par la ville, c'est le projet de M. Sourdeau qui est choisi et la reconstruction de l'église commence en 1929. Cependant, l'église est sévèrement endommagée au cours des années, notamment à cause de la mauvaise qualité des matériaux utilisés, et sa façade ainsi que ses toitures sont restaurées en 2005. L'église est notamment très reconnaissable par son clocher moderne.


Les abbés Justin et Gervais



LA CONFERENCE : 
SAINT JACQUES ET LA VIERGE MARIE
MARDI 12 AOÛT

La conférence était animée par Pascal VERMEIL.
Il a exposé à un public important et intéressé le fruit de ses recherches, il a dû passer des heures de travail, le résultat était très bien.



Collège sainte Marie
Statue de la Vierge Marie sur le mur du bâtiment le plus ancien
Le bâtiment des Jésuites

Chapelle saint Jacques

La façade de la chapelle saint Jacques.
trois corniches sont vides.
A gauche : ce devait être la statue d'Ignace de Loyola
Au centre : la statue de la Vierge Marie (présence de roses sculptées au dessus de la corniche)
A droite : ce devait être la statue de saint Jacques




Voici le contenu de l'exposé de Mr Pascal VERMEIL :

1. L'histoire du chef de Saint-Jacques

Jacques fils de Zébédée et frère de Jean
C'était un pêcheur, l'un des compagnons préférés de Jésus.
Il se trouva associé au même titre que Pierre et Jean aux épisodes les plus marquants de la vie du Christ.
Mais il fut décapité en 44 après Jésus-Christ sur ordre d'Hérode Agrippa qui fut à l'origine de la construction du Panthéon à Rome.
Temple dédié aux dieux romains, empreint de culture romaine il fut roi de Judée (Juifs et Romains).
En 876, Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, roi franc de 843 à 877 et empereur d'occident de 875 à 877 se voit remettre par les moines du monastère de Saint-Jacques en Galice (nord-ouest de l'Espagne) le crâne de Saint-Jacques, dit le majeur (Jacques d'Alphée ou Jacques dit le mineur, un des 12 apôtres de Jésus).
Couronné empereur À Rome le 25 décembre 875, son titre et le fait qu'il se soit fait raser le crâne en signe de soumission à l'église peuvent expliquer ce geste. 
Il remit aux moines de l'abbaye Saint Vaast à Arras, cette insigne relique.
L'abbaye comptait alors 130 moines, devenu palais Royal, Charles le chauve y avait passé Noël en 873.
En 843, l'abbaye appartenait à Clotaire premier, fils de Clovis. Clotaire II le céda à Charles.
En 1026, Leduin, Abbé de Saint Vaast ayant fondé le prieuré de Berclau, s’y retire et emporte avec lui la relique.
Le nombre de personnes se rendant à Berclau, ne tarda pas à attirer l'attention des religieux de Saint Vaast, qui en conçurent d'amers regrets.
En 1166, un abbé, nommé Martin résolut de remettre les choses en leur ancien état.
Le chef de Saint-Jacques, après quelques vicissitudes (Habitants s'opposant au retour du crâne à Arras) fut transporté à Arras où on le déposa d'abord à l'église Saint Michel en attendant la solennité qui se préparait pour la réintégrer pompeusement à Saint Vaast.
Le compte Philippe d'Alsace, qui régnait à l'époque sur la ville d'Aire, apprit la nouvelle et courut à Arras (galopa devrais-je dire). Il demanda à voir de près la relique.
Il en profita pour dérober le chef de Saint-Jacques. L'évêque, le chapitre, les religieux de Saint Vast protestèrent en vain.
Il le ramena à Aire le 13 juin 1166.
L'abbé Martin mit tout en œuvre pour protester. Comme dernier argument, l'évêque  Milon de Thérouanne menaça de ne point faire la consécration de l'église Saint-Pierre.
Le comte Philippe, annonça que si l'on ne consacrait pas l'église d'Aire, il porterait le chef de Saint-Jacques si loin qu'on n’en entendrait plus jamais parler.
La consécration de la collégiale eut lieu mais le conflit continua, Philippe d'Alsace aurait même proposé des biens à l'abbé de Saint Vaast pour qu'il oublie ses prétentions à vouloir récupérer son bien.
Finalement, en 1172, pressé par l'archevêque de Reims et le pape Alexandre III, Philippe d'Alsace accepta le jugement de Salomon prononcé par Hugues, Abbé de Saint Amand : Le crâne serait partagé en 2 sur le grand hôtel de la collégiale.
Philippe d'Alsace se réserva la partie la plus noble et l'arrière du crâne revint à Arras.
Je terminerai ce premier récit par un trait d'humour : c'est une histoire à en perdre la tête.
Il fit maître dans une châsse la moitié du crâne et en prit la clé.
Ayant appris que certains jetaient des doutes sur l'authenticité de la relique, Philippe voulut vérifier et fit le voyage de Compostelle. Dans cette ville, s’étant informé si le corps de Saint-Jacques était en entier, il apprit qu'on en avait enlevé la tête et qu'elle était en France, ce qui le rassurera.
La châsse fut ensuite reléguée dans le trésor de la sacristie.
En 1272, le prévôt (chef du chapitre des chanoines) remit la relique en honneur : elle fut enfermée dans un vaissel d'argent fin, formant un buste, lequel était porté par 4 anges à chaque coin.
Le buste était orné d'un diadème doré et orné de pierreries avec une petite chaîne d'argent suspendu à son cou.
Le tout pesait une quinzaine de kilos.
Au début du XV siècle une enluminure (lettrine) fut exécutée pour orner le cartulaire de Saint-Jacques.
Le Christ y bouscule Saint-Jacques, installé à relire son épître. Il lui remet un bourdon et un ange le coiffe d’un large chapeau. Il sera ainsi chargé de diffuser la parole du Christ sur les routes lointaines.
Le cartulaire est un livre réalisé avec beaucoup de soin et souvent à grands frais, sur parchemin avec une reliure en cuir et des enluminures.
Ce livre racontait l'histoire de Philippe d'Alsace et du crâne de Saint-Jacques.
En 1669, ce cartulaire est gardé en la trésorerie de l'église d'Aire, dans la salle du chapitre.
La même année, les chanoines ayant demandé et obtenu qu'on enchâsse la relique d’un petit os du crâne, on remarqua que tous ceux qui avaient consenti à cela moururent dans la même année. Ce qui fut attribué au consentement qu’ils avaient donné à la diminution du sanctuaire.
Notons cependant que 1669 fut une année au cours de laquelle sévit une épidémie de peste, ce qui explique sûrement la mort de ces chanoines.
Aujourd'hui la seule relique du crâne de Saint-Jacques le majeur est un fragment d'os, rappelant étrangement ce qui s'est passé en 1669.
Ce fragment d'os est enchâssé dans un buste reliquaire d'une hauteur de 50 cm de style baroque, datant du début du 18e siècle et que l'on peut voir dans l'église de Cappelle-Brouck près de Bourbourg.
Précisons qu’en 1059, date de la première construction de l'église, il y avait à l'époque 14 chanoines sous Baudouin 5, comte de Flandre.
Les premiers chanoines avaient reçu des revenus provenant de terres situées à Cappelle-Brouck, dont ils étaient seigneurs.
Il y eut 31 chanoines sous Philippe d'Alsace, qui aurait fait don d'une relique, dont j'ignore tout, à l'église de Cappelle-Brouck.
On peut également y voir en photo, l'un d'entre nous, un Airois illustre, un certain Michel Behague, dépositaire de l'histoire de notre collégiale.
En 1676, des boulets incendiaires tirés par les Français (à l'époque de Vauban) ont fortement endommagé la salle du chapitre, contenant le cartulaire : plus de 2500 coups de canon, 800 bombes et pots à feu. Celui-ci disparaîtra définitivement sous la révolution.
En 1789, le reliquaire lui-même fut brisé. Il y avait encore à l'époque 27 chanoines (il y en a eu jusque 38, plus qu'à Thérouanne et Saint-Omer).

2. Les processions en l'honneur de Saint-Jacques

À la fois des processions, qui pouvaient avoir lieu à différents moments de l'année mais aussi des messes.
Chaque année, le 25 juillet, jour de Saint-Jacques, les compagnies de jeux et de liesse des villes de Flandre et d'Artois ou des villages des environs venaient à Aire donner devant la halle de la ville, des représentations de farces et moralités auxquelles assistait le magistrat. Il offrait du vin et des prix : aigle et cœur d'argent.
Au XVIème siècle, les chanoines de Saint Pierre faisaient vendre au profit de la fabrique de l'église des enseignes ou médailles de Saint-Jacques. 
En 1526, par exemple, ils en firent réaliser par François de Favières, 12 en argent et 3 douzaines en laiton.
En 1541, Antoine Coquel, maître es arts compose un chant royal à la louange de Saint-Jacques.
Des mystères étaient donnés à l'intérieur de l'église Saint-Pierre et le chapitre faisait distribuer du vin de son cellier.

Procession de 1572
il est stipulé que les chanoines sont tenus de se faire raser. Des pommes furent bénites durant la grand-messe et distribuées.
Une procession générale fut organisée à travers la ville, à laquelle assistaient outre le peuple d’Aire et des villages voisins, tout le clergé et les religieux avec les officiers du roi d'Espagne et le magistrat. Les reliques du Saint étaient portées par 2 chanoines, recevant 15 sols chacun alors que les autres chanoines qui assistaient à la procession percevaient 7 sols et 6 deniers.
Les confrères pèlerins de Saint-Jacques participaient à cette procession avec leur large chapeau et leurs bourdons. Ils se faisaient précéder d'un des leurs monté sur un cheval blanc et portant un étendard afin de marquer les victoires remportées autrefois par Saint-Jacques contre les infidèles. Évocation de Saint-Jacques matamore. 
Cet étendard se trouve encore en l'église de Cappelle-Brouck

Une anecdote datant de 1620
le 3 août, nous avons arrêté que celui qui doit porter le chef de Saint-Jacques, venant à manquer, prévoit pour celui qui le fera à sa place 1/2 lot de vin du meilleur de sa cave.
En 1641, la ville est assiégée par les troupes de Louis XIII. 
Le 19 mai, jour de la Pentecôte, le maréchal de la Meilleraye se présente devant Aire à la tête d'une armée de 25000 hommes.
Parmi les chefs français, un certain Gassion qui donnera son nom au fort que nous connaissons (17e siècle Philippe IV d'Espagne 1642)
Face à eux, 2500 soldats, une garnison de 2000 hommes auxquels s'ajoutent des compagnies wallonnes et italiennes.
Le 17 juillet, Les Français font exploser une mine qui ouvre une brèche considérable. La résistance est héroïque, les jésuites parcourent les postes, distribuent des médailles de Saint-Jacques bénites, jour et nuit. La ville sera cependant prise 10 jours plus tard.

Messe consacrée à Saint-Jacques
Le 06 avril 1661, monsieur Pierre Canlers s'est présenté en ce lieu capitulairement (entouré des chanoines) et demande permission à Messieurs du chapitre de pouvoir faire ses prémices (sa première messe) à l'autel de la paroisse, suppliant de pouvoir exposer la relique de Saint-Jacques pour certaine dévotion qu'il porte à Saint-Jacques, ce que ces Messieurs du chapitre lui ont gracieusement accordé.

3. La confrérie des pèlerins de Saint-Jacques

Elle est déjà mentionnée en 1572.
En 1598, il est attesté qu'elle comptait alors 58 membres, et pour en faire partie, il fallait avoir fait le pèlerinage de Compostelle.
Les chanoines de Cappelle-Brouck étaient confrères de plein droit même s'ils n'avaient pas effectué le pèlerinage.
Il y avait aussi une petite confrérie, sorte de noviciat, à l'intention de ceux qui envisageaient le pèlerinage. Elle comptait 250 membres.
En 1609, 177 membres dans la grande confrérie (3 fois plus de membres en 10 ans) et 500 dans la petite.
Ce nombre continua à augmenter jusqu'à la prise de la ville par les troupes de Louis XIV en 1676.
Les attributs de Saint-Jacques sont le Bourdon, la coquille, la pélerine, la courge servant de gourde et le large chapeau.
On peut encore voir ces attributs sur une façade de la rue de Saint-Omer, datant du XVIII siècle (la ville fut fortement détruite lors du siège de 1710) et servant d'auberge pour les pèlerins fortunés.
Le serpent a une double symbolique : le bâton permettait de se protéger des bêtes gênantes (Loups, serpents) et d'autres agressions. Il symbolise aussi le péché que le pèlerin combat. 
Aire-sur-la-Lys a toujours été sur les chemins de Saint-Jacques, notamment pour les pèlerins venant d'Angleterre et de Flandre.
Les pèlerinages vont durer sans répit jusqu'au XVIe siècle, le flot venu de Hollande et d'Allemagne diminuera après la réforme protestante, hostile au culte des saints.
Au 17e siècle, Louis XIV va également freiner très fortement les pèlerinages (1643, 1715) , de même Louis XVI (1715, 1774).
Soit le texte suivant :
la déclaration du mois d'août 1671 (Aire-sur-la-Lys est encore espagnole) et celle du 15 novembre 1717 et août 1738 défendent de faire aucun pèlerinage hors du Royaume, particulièrement à Rome, à Notre-Dame de Lorette et à Saint-Jacques en Galice, sans en avoir auparavant obtenu la permission de l'évêque sous peine d'être poursuivi extraordinairement.
Ce règlement est parfois mal observé car en 1769, l'intendant Caumartin notifie au magistrat d'Aire sur la Lys d'avoir à le faire respecter.
Une anecdote :
En 1727, un procès est fait à Arras pour les pèlerins airois de Saint-Jacques.
3 pèlerins de Saint-Jacques ont été emprisonnés (il existait auparavant une prison au carrefour des rues du Fresne et du Puits) pour avoir mendié et chanté la chanson par la ville, alors qu'un règlement de police du Bailly défendait d'aller mendier ou quêter en ville.
La plaidoirie de l'avocat de la défense fut la suivante :
Cette confrérie est pieuse puisque les deniers de la quête sont employés en services divins.
Cette même confrérie annuellement assiste le jour de Saint-Jacques à la messe qu'elle fait chanter dans l'église collégiale avec leur bourdons et chapeaux.
Les confrères communient à la messe et l'après-midi assistent à la procession en corps de confrérie sous l'égide du vénérable corps de chanoines de la même collégiale.
Les confrères ne sont pas des mendiants comme exposent faussement les mayeurs et échevins, mais des bourgeois de la ville qui travaillent journellement dans les autres confréries.
(À noter que la sépulture de Saint-Jacques étant la plus éloignée de sa patrie que celle de tout autre apôtre, il paraissait comme le plus approprié à l'orientation des messes vers Dieu).


1. La Vierge Marie au secours des Airois lors des grandes misères des temps passés

A la fin du 12e siècle, à la suite de misères et de maladies occasionnées par la guerre, des « charités » sont établies en Artois.
Aire-sur-la-Lys a la sienne, sa confrérie qui se place sous le patronage de la Vierge de l'Assomption. La mission des confrères est de donner du pain aux pauvres. Ils sont appelés Panetiers. D'où l'appellation donnée à la Vierge vénérée de notre ville, Notre-Dame Panetière.

Le siège de 1641
Aire-sur-la-Lys, espagnole, est assiégée par les troupes françaises le 19 mai.
Le magistrat et les chanoines, conscients du danger, ordonnent des prières publiques dans toutes les églises.
Les confréries religieuses, notamment la confrérie de Notre-Dame Panetière se joignent au mouvement.
Réfugiés à Aire-sur-la-Lys depuis 1635, les moines de Ruisseauville exposent leur statue de la Vierge (copie de Notre-Dame de Foy, près de Dinan, en Belgique) à la vénération des fidèles.
Des médailles dédiées aux 2 vierges sont fabriquées en ville et distribuées aux combattants.
Une procession générale est organisée le 26 mai.
Au retour, le saint-sacrement est exposé sur un autel construit au milieu de la collégiale. Le magistrat y dépose les clés de la ville. Du haut de la chaire, un père jésuite prêche avec force et conviction sur la confiance en Dieu et en la Vierge.
Sermon qui arrache des larmes à tout l'auditoire.
Malgré tout, la ville est prise le 27 juillet.
Le 04 août, 2000 personnes quittent la ville volontairement, 900 sont expulsées (les jésuites et les Capucins notamment). Tout cela sur une population voisine de 5000 habitants.
Cependant l'armée espagnole est déjà là. Liilers et Boëseghem sont repris.
Le 7 décembre capitulation française pour le plus grand soulagement de la population.
Les Français sortent de la ville et s'acheminent dans la neige vers Hesdin.
On peut penser que la ville fut protégée par l'action conjuguée des divinités : Saint-Jacques, les vierges d’Aire-sur-la-Lys et de Ruisseauville.

La peste 1668-1669
Comme la peste qui régnait dans les environs d’Aire-sur-la-Lys depuis 1666, menaçait d'étendre ses ravages en ville, les chanoines prirent une délibération, par suite de laquelle, dès le 07 août 1668, était élevé dans la nef de la collégiale, sur seize degrés, un autel splendide sur lequel figurait en première ligne la statue de Notre-Dame Panetière.
Cependant la peste fit des victimes à Aire-sur-la-Lys, et les chanoines peu rassurés, députèrent le 7 novembre 1668, deux des leurs vers le magistrat assemblé aux halles, pour convenir de plusieurs jours de dévotion.
Finalement, la messe votive de la délivrance de la peste fut célébrée le jour de la Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 1669. 
Après la messe ordinaire du chœur, et l'après-midi, les vêpres chantées, on fit une procession générale où fut portée Notre-Dame Panetière qui avait protégé notre ville.

La famine de 1740
Après un hiver des plus rigoureux, le froid ayant suspendu la fécondité de la terre, étouffé une partie des semences, cela occasionna une disette.
Le 29 mai 1740, la procession fut faite par le chapitre où assistèrent le clergé de Notre-Dame, les révérends pères capucins, les confréries, les corps et métiers, les solidarités et écoliers des révérends pères jésuites.
26 porte-faix portaient alternativement la statue de Notre-Dame.
Le reliquaire de Saint-Jacques fut porté alternativement par 6 chanoines.
L'image de la Vierge demeura exposée avec éclat jusqu'au 15 juin.
La famine ne pouvait disparaître soudainement, le fléau continua de se faire sentir jusqu'à la récolte de l'année suivante, du moins ceux qui souffraient davantage, les pauvres furent soulagés.
La sainte vierge toucha en leur faveur le cœur des riches. Le chapitre en particulier s'engagea à verser chaque mois 200 francs pour leur soulagement. Ils purent ainsi se procurer plus facilement les aliments de première nécessité.

Le choléra de 1849
Le dimanche 22 juillet, un membre du clergé parcourut les diverses églises de la ville : Clarisses, Saint Jean- Baptiste et Collégiale. A 7h30 du soir l'église était comble. Plus de 5000 personnes.
Procession du dimanche 29 juillet
La statue de Notre-Dame Panetière sortit en procession de l'église Saint-Pierre.
Il existe encore une médaille datant du 30 juillet 1849 remise à un porte-faix de la confrérie Saint-Christophe.
Il y avait sur la grand-place 3 arcs de triomphe 1641, 1669 et 1740, époque historique de la protection miraculeuse de Notre-Dame Panetière.
Comme aux siècles précédents, la statue de Notre-Dame Panetière fut descendue de sa chapelle et placée sur un magnifique trône élevé en avant de la grande nef, au-dessous du jubé.
[J'ai choisi volontairement les 3 épisodes précédents car ils étaient évoqués comme révélateurs des pouvoirs bienfaiteurs de la Vierge]
Comme une des plus touchantes preuves de la dévotion à Marie en cette ville, une des 3 portes de la ville fut appelée porte Notre-Dame, à l'arrière de la collégiale, en direction de la Flandre.

2. Les congrégations mariales ou solidarités
(Confréries religieuses chargées de célébrer des cultes particuliers)
Ce fut en 1563, au moment où s'achevait le concile de trente, qu'un liégeois, le père Jean Leunis, fonda au collège des jésuites de Rome, la première congrégation mariale.
L'institution, au départ, était tout à fait modeste puisqu'elle ne visait qu'à réunir sous le patronage de la Vierge, quelques élèves zélés qui souhaitaient pratiquer plus intensément avec leurs professeurs des exercices de piété.
Ces associations pieuses que Grégoire XIII appelait des écoles de vertu, avaient pour but la sanctification (rendre saint) personnelle de leurs membres et pour moyen la prière, la pratique assidue des sacrements, la dévotion à la sainte vierge.
Un exemple illustrant la vertu recherchée :
Les congréganistes éviteront les mauvaises compagnies, les conversations sales, fausses et malhonnêtes. Par leur modestie et leur tenue qu’ils soient un modèle pour le prochain comme il convient pour un vrai dévot de Marie. Les sodales qui sont encore au collège doivent soigneusement observer les règles de l'établissement. Si quelqu'un se conduisait avec insolence, il sera, après 4 avertissements, séparé de la congrégation.
Pour que la congrégation reste très pure, personne n'y sera admis sans un temps de probation et sans avoir donné de gages de sa persévérance.
On doit se séparer de celui qui tombe dans une faute grave et y reste attaché.

Déclaration d'un postulant à la congrégation (en vieux français)
« Sainte Marie, mère de Dieu et Vierge, je te choisis aujourd'huy pour dame et maîtresse, Patronne et advocate , et j’ordonne et propose fermement dedans moy, de jamais ne te délaisser, et de ne dire, ne faire jamais, que par mes subjects quelque chose soit faicte contre ton honneur, je te supplie doncque très affectueusement, qu'il te plaise me recevoir pour ton perpétuel serviteur ; 
assiste moy en toutes mes actions, et ne m'abandonne point à l'heure de la mort.
De plus chaque congréganiste reçoit au début de chaque mois l'image d'un Saint dont il doit essayer d'imiter les vertus éminentes.
Les prières
La congrégation étant une école de vie chrétienne, ce sont les prières qui rythment la journée du lever jusqu'au coucher.
Le matin l'ave Maria Stella
7 quatrains
Salut, étoile de la mer,
Mère nourricière de Dieu,
Et toujours vierge,
Heureuse porte du ciel.
Le congréganiste ou sodale récitera cinq Pater Noster et cinquante Ave Maria chaque jour, en portant toujours sur soi le chapelet.
Le soir le Salve Regina
Auteur : Adhémar de Monteil, évêque du Puy au XIe siècle.
Au XIIe siècle, Saint Bernard, le célèbre dévot de Notre-Dame, y a ajouté les 3 dernières invocations pleines de tendresse.

Salut, ô Reine, mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut !
Enfants d'Eve, de cette terre d'exil, nous crions vers vous ; vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
ô vous, notre avocate, tournez vers nous vos regards compatissants.
Et après cet exil, obtenez-nous de contempler Jésus, le fruit béni de vos entrailles.
ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.
La confession hebdomadaire, comme règle dès 1575, est une révolution. Les jésuites sont à l'origine des confessionnaux qui permettent une confession beaucoup plus intime, auparavant elle était publique.
Des instructions sont rédigées sur la façon de se présenter devant le tribunal de la pénitence, avec une méthode très détaillée et très fine pour parvenir à mieux se connaître et à conduire avec précision son examen de conscience.
Cette pratique régulière du sacrement de pénitence conduit tout naturellement à la communion, qui devient également hebdomadaire des 1580.
À noter qu'en 1750, il y eut à la chapelle Saint-Jacques 180 000 communions, cela représente 500 personnes partageant le pain du Christ chaque jour. 
Chiffre impressionnant qui ferait rêver l'Abbé Aimé qui aurait sûrement eu quelques difficultés à assurer le service divin. 
Les congréganistes sont enfin astreints à participer aux fêtes données en l'honneur de la Vierge.
Quelques exemples :
La solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, le 1er janvier.
La purification ou chandeleur, le 2 février.
Cierges que l'on bénit et que l'on offre.
L'annonciation, le 25 mars, l'Ange Gabriel s'est présenté à Marie 
La visitation, le 31 mai, visite de Marie à sa cousine Élisabeth.
L'Assomption, le 15 août, la Vierge est élevée au ciel.
La Nativité de la Vierge, le 8 septembre.
La solennité de l'Immaculée conception le 8 décembre.
Une des difficultés de l'époque était de parvenir jusqu'aux plus simples habitants, de les conduire à se comporter dans le quotidien en vrais catholiques.
Les jésuites avaient conclu à la nécessité de développer la croyance grâce à une personne de même condition : seul un étudiant pouvait trouver les mots et la manière pour conduire son condisciple à changer de vie, seul l'ouvrier pouvait convaincre avec des chances de succès son compagnon de travail.
Une anecdote :
Il existait à Cahors, une congrégation de vendangeurs dont la mission des sodales était de veiller à ce que leurs collègues n'abusent pas du produit local notamment lors des dimanches et fêtes.
Si à l'origine les congrégations mariales s'adressent à une certaine élite, peu à peu, les jésuites parce qu'ils sont des missionnaires et des éducateurs remarquables réussissent à atteindre tous les milieux sociaux des villes.

Augmentation du nombre de membres et de congrégations
Augmentation du nombre de personnes
1616 : une congrégation de 70 bourgeois (arrivée des jésuites)
1656 : 150 bourgeois
1742 :  600 bourgeois

Augmentation du nombre de congrégations
En 1738 : 32 congrégations mariales
Les canonniers, les archers, les tanneurs, les brasseurs, les bourgeois, les nobles, les ecclésiastiques, les élèves, les jeunes gens, les porteurs de drapeaux ….
Les confrères étaient invités à se lier d'amitié avec les autres membres et à deviser de choses bonnes, saintes et vertueuses.
C'était donc toute une règle de vie chrétienne qui se trouvait ainsi proposée, augmentée d'un apprentissage de la vie en communauté.
Ces congrégations mariales fournissant la foi et un idéal qui doivent donner au pays sa cohésion et permettre de le souder, vont se trouver confrontées très tôt au Parlement de Paris car les jésuites faisaient vœu de reconnaître le pape au-dessus de toutes les autres dignités, et notamment celle du roi.
En 1572, l'ordre des jésuites fut dissous par Louis XV car ils contrôlaient un peu trop la société française et avaient constitué une sorte d'état dans l'état.




Je tenais à préciser que je me suis en partie appuyé sous les travaux des historiens airois : Madame Maillard Delbende, Messieurs Fournier et Aubert qui furent naguère mes collègues, et sur les recherches de Louis Châtellier à propos des congrégations mariales
Je tenais aussi à vivement remercier Madame Véronique Goblet, qui mit à ma disposition les trésors de son fonds ancien, et qui est toujours d'un précieux secours, 
ainsi que mon vieux copain, Philippe Lekieffre pour la mise en image de ce que j'ai pu vous dire.
Enfin je voulais dédier cet exposé à une ancienne guide et amie, une Américaine, véritable puits de sciences, à savoir Madame Lynn Morreel.
Un jour que nous étions dans cette chapelle, elle m'a dit :
Tu devrais insister plus sur les congrégations mariales.
résultat : 
Les visites qui me prenaient auparavant 1 h et demie, me prennent maintenant 2h et demie.



Ave Maria Stella
Salut, étoile de la mer,
Mère nourricière de Dieu,
Et toujours vierge,
Heureuse porte du ciel.

Recevant cette Ave
de la bouche de Gabriel,
affermissez-vous dans la paix, 
par ce changement du nom d’Eve.

Rompez les liens des pêcheurs
rendez la lumière aux aveugles,
éloignez de nous les maux,
Obtenez nous tous les biens.

Montrez-vous notre mère :
qui l'accueille par vous nos prières
celui qui, pour nous
voulu être notre fils.



Vierge sans égale
douce entre toutes,
délivré de nos fautes,
rendez-nous doux et chastes.
Accordez nous une vie innocente,
Rendez nos voies sûres
afin que voyant en Jésus,
nous goûtions avec vous les joies éternelles.

Louange à Dieu le père
gloire au Christ roi,
il a l'esprit Saint :
honneur égal aux trois.

Amen !

Maintenant, je sais ce qui me reste à faire : une balade et découverte du patrimoine à Cappelle-Brouck. j'y suis allée une fois, je vais y avoir beaucoup de plaisir à y retourner avec, cette fois-ci, un habitant du village si cela est possible

Le plus vieil ancêtre connu sur mon arbre généalogique du côté de papa a vécu dans ce village, il avait un moulin, le moulin de la Belette.