A l'occasion de la venue de membres de l'association de Bailleul dont Mr Vanneuville est le président, je me suis souvenue avoir photographié la peinture murale de saint Jacques qui se trouve dans la collégiale saint Pierre d'Aire-sur-la-Lys.
J'ai trouvé sur internet un article au sujet de cette relique de saint Jacques et de la peinture murale de la collégiale. Et j'ai retrouvé une publication de Lynn disparue trop tôt...
Photos faites le 3 décembre 2021.
Photos faites le mardi 15 novembre 2022
Voici l'histoire de la relique de saint Jacques et de la peinture murale qui se trouve dans la collégiale d'Aire sur la Lys écrite par l'INSTITUT DE RECHERCHE JACQUAIRE - IRJ
Histoires et légendes de saint Jacques et Compostelle.
https://www.institut-irj.fr/L-histoire-d-une-relique-et-d-une-peinture-murale_a154.html
L'histoire d'une relique et d'une peinture murale
Un chef très convoité, un patrimoine à restaurer
Rédigé par Ferpel le 17 Juin 2012 modifié le 3 Juillet 2024
En 2013, la Commémoration nationale de la découverte du tombeau de saint Jacques à Compostelle nous a donné l'occasion de mettre en valeur les recherches de Denise Péricard - Méa sur les reliques de saint Jacques. La possession d'une relique a le plus souvent été à l'origine de la création d'éléments du patrimoine qu'il convient d'entretenir et de faire vivre. C'est en particulier le cas à Aire-sur-la-Lys.
Un chef de saint Jacques à Arras

Le reliquaire d'Arras aujourd'hui
L'abbaye Saint-Vaast (VIIe), d'Arras, aurait reçu d'un roi de France dont l'identité est inconnue (Charles le Chauve, dit-on au XVIIIe siècle, mais il s’agirait plutôt de Charlemagne) un « chef de saint Jacques », relique qu'il aurait tirée de son propre Trésor. Son histoire est connue par un texte figurant au cartulaire de l’abbaye, écrit à la fin du XIIe siècle par le moine Guimann ou par un interpolateur. Cette tête venait-elle du Trésor d'Aix-la-Chapelle ?
Le vol de la relique pour Berclau
Entre les années 1020 et 1041, la relique fut volée et portée à Berclau, à une trentaine de kilomètres d’Arras. Aussitôt s’instaura un pèlerinage, les habitants du voisinage vinrent très vite y célébrer en l’honneur de l’apôtre des vigiles solennelles et y apporter de pieuses offrandes.
Plus d'un siècle après, en juin 1166, l’abbaye Saint-Vaast prend la résolution d’aller la récupérer. L’abbé partit en grande pompe, accompagné de l’évêque. A l’arrivée, pas de relique dans l’autel, comme le prétendaient les textes. Un moine semble trahir en promettant de la trouver quelques jours plus tard. Ce moine délateur était en fait un voleur qui avait déjà soustrait la relique et l’avait cachée dans l’église dans l’intention de la vendre. Pris sur le fait entrain de déterrer le précieux objet, il est obligé de le rendre aux moines d’Arras qui quittent l’église dans l’allégresse. C’était compter sans les habitants du lieu qui, armés d’épées ou de bâtons, obligent les moines à la retraite. Ils vont demander du secours au comte de Flandre, Philippe.
Le vol de la relique pour Aire-sur-la-Lys
Ils obtiennent gain de cause, arrivent à Arras et déposent bien imprudemment la relique en l’église Saint-Michel à l’entrée de la ville, d’où une procession solennelle devait venir la chercher le lendemain. C’était compter sans le comte de Flandre, fort alléché, qui prétendit que la relique lui appartenait puisqu’elle avait été trouvée sur son domaine. Il s’empara de force du trésor et le confia aux chanoines de la collégiale Saint-Pierre d’Aire-sur-la-Lys qui venaient d’achever leur église dont ils attendaient la consécration. En cette époque où la petite ville était en pleine expansion, les chanoines instituèrent aussitôt une fête solennelle en l’honneur de saint Jacques et les pèlerins se précipitèrent.

Au sommet du tableau, saint Jacques et le reliquaire
Le retour de la relique à Arras. Son partage en deux.

Demi chef de saint Jacques à Arras
Il fallut six longues années de transactions pour faire plier le comte Philippe et le contraindre à rendre la relique. En 1172, il obtint néanmoins de ne rendre qu’une moitié du chef afin de ne pas tuer le pèlerinage d’Aire.
Dorénavant, le pèlerinage d’Arras fut à nouveau très couru et le saint chef « honoré fort grandement ».
Le 4 mai 1602 le reliquaire fut ouvert et une petite partie de relique fut donnée à l’abbé de Saint-Martin de Tours qui le demandait pour consacrer un autel dans son abbatiale.
En 1858, une nouvelle translation a lieu, dans le reliquaire qui semble bien celui qui est actuellement conservé dans la cathédrale. Le récit en est fait par le chanoine Van Drival.
… Nous avons enveloppé le chef avec le respect et les honneurs convenables, d’abord avec un corporal, puis dans une forte soie rouge, et nous l’avons déposé dans la nouvelle châsse qui est sous l’autel de Mgr., après avoir remis en place, dans un étui spécial, tous les documents, ou instrumenta, que nous avions trouvé dans l’ancienne, en y joignant le nouveau procès-verbal de reconnaissance, dont nous donnons le texte aux pièces justificatives de ce travail. Il y a dans cette châsse, outre le chef de saint Jacques, avec cette inscription imprimée sur parchemin : caput venerandum B. Jacobi Majoris apostoli N.N.J.C., le chef de saint Nicaise, deux os de saint Willibrord et de nombreuses reliques des saints Géréon et compagnons de la légion thébaine.».
La bande dessinée d'Aire-sur-la-Lys

Un tableau en 15 panneaux raconte l'histoire de la relique
Malgré la conservation de la moitié de la relique à Aire, le pèlerinage périclita. Mal mise en valeur, la relique était peu visible. Les pèlerins ont cru que le chef était en entier à Arras. Mais un siècle plus tard les chanoines firent faire un nouveau reliquaire montrant la totalité de la relique ce qui relança le pèlerinage
Le reliquaire a été placé, au début du XVIe siècle, dans une chapelle Saint-Jacques récemment adjointe à la collégiale. En 1594 estime-t-on, un chanoine qui fit décorer de peintures murales un mur entier de cette chapelle. Une série de quinze scènes raconte l’histoire de la relique d’après les textes et montre les pèlerins autour de cette relique. L’intérêt majeur de ce décor est de montrer que c’est là que sont présentes les « foules » dont on parle tant, attirées par la proximité d’un sanctuaire capable d’accueillir leurs suppliques, à l’heure du danger immédiat. On y voit les miracles ayant eu lieu devant le chef de l'apôtre, principalement des résurrections d'enfants. Un autre intérêt, moins immédiat, est de montrer que la relique ne vient pas du Trésor d’un roi de France, ....
J'ai retrouvé sur le groupe "Vivre à Aire-sur-la-Lys et environs" (que j'ai créé le 20 décembre 2020) une publication de Lynn Morrell au sujet de la relique de Saint Jacques et de la fresque murale de la collégiale Saint-Pierre, mais je n'ai pas trouvé la suite qu'elle mentionne...
Lynn partie trop tôt, ses publications étaient très appréciées....
Voici le texte et les photos de Lynn : sa publication dans le groupe FB en date du 24 mai 2022.
L’HISTOIRE ROCAMBOLESQUE DU CRANE DE ST JACQUES QUI NOUS A VALU UNE BANDE DESSINÉE
Pendant des siècles, Aire a possédé un reliquaire contenant la moitié du crane de St Jacques le Majeur. Comme vous voyez sur la carte, St Jacques a apparemment perdu beaucoup de morceaux de lui-même au fil des siècles, car ce que vous voyez indiqué ici est EN PLUS des restes ensevelis à Compostelle.
En ce qui nous concerne, l’histoire que je vais vous raconter nous a valu à Aire :
— beaucoup de pèlerins qui nous ont apporté beaucoup de commerce, et
— une « bande dessinée », oeuvre d’art formidable et absolument unique au monde dans une chapelle de la collégiale. Nous en parlerons dans la prochaine publication. Pour vous mettre en appétit, je vous montre la partie qui se trouve au-dessus de l’oeuvre.
Il y a plusieurs versions de l’histoire que je vous raconte ici. J’ai trouvé celle-ci dans une notice au titre de « La confrérie de Saint-Jacques et les portraits du musée d’Arras ».
Au début du douzième siècle existait à Berclau un petit prieuré, affilié à l’Abbaye St Vaast d’Arras. Pendant 140 ans, ce prieuré attirait des foules de pèlerins. Si on demandait aux pélerins pourquoi ils venaient tous à ce petit endroit dans un trou perdu, ils répondaient « Mais, pour vénérer le crane du grand St Jacques! ». Si on leur demandait ensuite ce que faisait là le crane du vénérable saint, la réponse était, « Bien, il fut volé de l’Abbaye St Vaast il y a 140 ans par le fondateur de ce prieuré, l’abbé Leduin. »
Il faut savoir que le vol de reliques était une chose courante qui ne semble pas avoir choqué les gens tant que cela.
Un jour, l’abbé de St Vaast, Martin, s’est dit « Euh, mais, si on nous l’a volé, c’est que ce crane nous appartient! » (Et donc les offrandes et le commerce des pélerins.)
Il organisa une enquête solennelle, impliquant un évêque et un grand nombre de clercs et de moines. Il y a eu une mise en scène impressionnante, avec des lueurs phosphorescentes qui sortaient de la crypte, une accusation de vol… bref. Le groupe est sortie du prieuré avec un crane, et a repris « en grande pompe et processionnellement le chemin du monastère d’Arras. »
Mais soudain! Cataclop cataclop! — est arrivé armé d’un bâton et suivi de ses gardes le Comte de Flandre, Philippe d’Alsace! « Ce trésor trouvé sur mes terres m’appartient! »
Il s’empara du coffret et rentra en tout hâte à Aire sur la Lys, ville qu’il affectionnait tout particulièrement et qu’il voulait favoriser avec ce cadeau.
« Les chanoines de St Pierre (la collégiale toute neuve n’était pas encore consacrée) reçurent le précieux dépôt avec de grandes démonstrations de joie. Sans perdre de temps, ils instituèrent en son honneur une fête solennelle, où les pèlerins accoururent en foule de tous les points de la Flandre. »
Vous imaginez le dépit et la frustration de l’abbé de Saint Vaast. Il s’en est suivi six années de négociations et interventions du plus haut niveau (le pape Alexandre III) avant que l’affaire fut tranchée, et c’est le cas de le dire — car le crane fut coupé en deux. Nous avons eu le sinciput et Arras l’occiput.
Cette histoire rocambolesque a fait d’Aire un grand centre de pèlerinage pendant longtemps!
Suite dans la prochaine publication.