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mardi 24 mars 2026

Mardi 24 mars 2026 - GRAVELINES, balade découverte sur la journée


Avec Alain et Sabine, fin décembre, nous étions allés rencontrer les guides de Gravelines, nous avons découvert leurs différentes propositions pour la sortie de ce mardi puis nous sommes allés à l'espace Tourville pour participer à une présentation du travail de cette association.

J'ai eu le plaisir de découvrir Gravelines, ce mardi, pour la troisième fois, chaque visite complète les autres car les intervenants rencontrés ou le contenu de leur intervention sont différents, de plus il y a beaucoup à découvrir au sujet de cette ville, de son histoire et de son riche patrimoine.

J'ai donc partagé mon coup de coeur à des membres de mon club de randonnée. Nous avons passé une bonne et agréable journée en groupe tous réjouis dès le début de la matinée, ça se voit sur les photos !

Nous avons été accueillis par Karine (guide patrimoine) et Hélène (guide nature), pour une balade commentée de 6 km environ, elles nous ont décrit lors de pauses la flore et la faune remarquables ainsi que des commentaires très détaillés sur fortifications et les édifices anciens dans la zone des fortifications, cartes et photos à l'appui qui ont donné vie à ces lieux chargés d'histoire militaire. 

La présentation de la ville a également été faite au cours de la balade

Après cette balade très instructive, riche en découvertes, nous avons pris la direction de l'espace Tourville où nous avons partagé un repas dans la convivialité. A noter que le menu était uniquement composé de produits locaux, les viandes présentées ont été fumées sur place car il y a une saurisserie.

Pour clore cette journée, Jean - Edouard Cardin nous a fait découvrir non seulement la maquette mais un géant des mers de l'époque de Jean Bart du XVII ème siècle en cours de construction, une réalisation en cours très impressionnante. 

Cette journée a été riche en découvertes, a été une invitation à explorer encore cette ville pleine de trésors encore...


La balade commentée

Gravelines est une ville classée "4 fleurs" au concours national des villes et villages fleuris depuis 2013 et a reçu le label "Fleur d'Or" en 2016 distinction qui récompense les communes pour leurs efforts en matière d'amélioration du cadre de vie, de développement de la nature en ville et de respect de l'environnement.

Pour en savoir davantage, ouvrir le lien : Quelques chiffres, les arbres, la biodiversité

Et un autre lien : Villes et villages fleuris : Gravelines


Karine guide patrimoine à gauche, Hélène guide nature à droite

Après l'accueil, les guides se présentent et proposent de faire deux boucles, après la première des participants pourront arrêter et les autres poursuivre pour une distance de parcours de 7 km environ.

Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban
Il a durablement marqué le paysage français. Architecte, ingénieur et urbaniste, il excelle dans la construction d'ouvrages militaires, défensifs et offensifs. Maréchal de France, il dote la France d'une véritable ceinture de fer. Sur les ordres du roi Louis XIV, il construit trente places fortes et en réaménage plus de trois-cents.
Il reste de nombreux ouvrages construits par Vauban en France: cet ensemble se nomme le Pré Carré. Plus ou moins bien conservés, ils sont d'une importance patrimoniale capitale, rappellent le passé militaire du pays et les innovations créées par leur architecte. Douze fortifications sont par ailleurs inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Les plus belles réalisations de Vauban encore existantes : Les détours de Vauban

Afin d'avoir des informations détaillées issues du site "Réseau des sites majeurs Vauban" au sujet des fortifications, voici plusieurs liens à ouvrir :





Un plan ancien des fortifications de Gravelines vers 17?? : Plan ancien des fortifications de Gravelines

Les fortifications de Gravelines selon le "Réseau des sites majeurs de Vauban" : Gravelines

La porte aux boules

La PORTE AUX BOULES
Dans toutes les fortifications, la porte constitue le point faible. C'est donc là que se concentre toute l'ingéniosité du concepteur.
Les portes sont souvent constituées d'un tunnel traversant le rempart, barré d'un dispositif défensif : "le pont levis à flèche». Ce système se caractérise par le fait que le tablier du pont et son contrepoids sont distincts et disposent chacun de leur propre pivot. Le fossé large d'au moins 10 mètres est franchi par un pont dormant.
Ce système de pont-levis traditionnel est supplanté dès le XVIIIème siècle, afin de résoudre les inconvénients inhérents au mécanisme qui se voilait très vite. C'est seulement vers 1840, avec le remplacement total du bois par le métal, que les problèmes furent résolus.
A Gravelines, deux portes s'ouvraient autrefois dans l'enceinte de la ville : la porte de Calais et celle de Dunkerque. Elles sont précédées de demi-lunes en contregarde et d'avant - portes.
Ici, la porte de Dunkerque a conservé sa porte avancée qui fait l'objet, côté campagne, d'une recherche décorative. Les piédroits de la porte sont surmontés d'un faîtage pyramidal orné de boules.
Source : ce qui est écrit sur le panneau face à la porte. Archives de la ville de Gravelines


De temps en temps, au fur et à mesure de la balade, des cartes nous sont présentées afin de nous situer

Carte ancienne empruntée au site Gallica

Les fossés sont très larges, je suppose que vu le volume d'eau on pourrait les considérer comme Zone d'Expansion de Crues (ils dont d'actualité, autrefois elles existaient naturellement on les appelait "prés flottés" car les zones humides étaient exclusivement des prés et s'ils étaient inondés ça profitait à a poussée d'herbe au printemps). L'Aa passe à Gravelines, il n'y a eu que des champs de la périphérie de la commune qui ont été inondés ces derniers temps, à priori pas la ville.







Une orchidée









Primevère officinale


La citerne militaire
Bâtie en 1724 sur les plans de Vauban, la citerne répond au besoin de la population de se procurer de l'eau potable. Au départ, elle alimentait les militaires en eau. Elle contenait 1420000 litres d'eau qu'elle recevait de sa propre toiture ainsi que de celles de l'église, de la caserne Huxelles et de la caserne Varennes.
Ce bâtiment est construit entre 1724 et 1725 sous les ordres de Monseigneur Le Marquis d'Asfeld, Directeur Général des Fortifications du Royaume et de Monseigneur de Fréville, ingénieur à la Direction des Places de la Mer.
La citerne de Gravelines apparaît comme une construction ingénieuse, non seulement parce qu'elle est l'unique bâtiment de la ville entièrement construit en pierre de taille calcaire, mais aussi parce qu'il s'agit d'une citerne dégagée et non enterrée.
A l'origine, la citerne est érigée pour l'usage des troupes de la garnison. Mais celle-ci devient également indispensable à la vie des gravelinois. Ainsi, en 1774, on réprimande sévèrement les enfants qui y jettent des ordures.
L'ouvrage répond à plusieurs besoins :
parer à la difficulté de se procurer de l'eau potable sur une zone longtemps recouverte par la mer. Le territoire est marqué par le faible courant des rivières qui rend les eaux stagnantes et donc impropres à la consommation,
permettre d'alimenter la garnison en cas de siège,
mettre la cité à l'abri des conséquences d'une grande sécheresse.

La caserne Huxelles à gauche, lien pour découvrir : Caserne Huxelles
La citerne militaire à droite

Salle de tir de la caserne d'Huxelles

La poudrière Carnot ?



Le blockhaus de la rue de Calais

Après avoir fait l'objet d'importants travaux, le blockhaus a été inauguré en septembre 2021. Construit par les Allemands au début de la Seconde guerre mondiale, ce blockhaus servait de poste de commandement pour les communications. Il était à l'époque recouvert de végétation afin qu'il se fonde dans l'environnement.
D'une superficie de 86m², il comprenait une salle d'observation équipée d'un périscope, une salle de transmission, une salle de coordination, un local radio, une salle d'exploitation des informations, un bureau pour le sous-officier de garde, un local de vie, un magasin de stockage, une salle avec un système de ventilation, un sas anti - gaz et des créneaux de défense.
Aujourd'hui réhabilité en lieu de Mémoire dédié à la seconde guerre mondiale, il ouvre ses portes à l'occasion des Journées des Espaces Fortifiés et des Journées du Patrimoine pour des visites libres, ainsi que d'avril à septembre à certaines dates. Vous y découvrirez également une exposition vous présentant l'histoire de Gravelines durant la période 1940-1945. 
Source : le site internet de la ville de Gravelines

La poudrière du Château
dans les jardins de l'Arsenal

Lien pour en savoir davantage : Les poudrières de Gravelines


Les jardins de l'arsenal

Statue de l'homme assis

La conversation
Cet ensemble a été sculpté entre 1977 et 1981
Sculpteur : Charles Gadenne né à Roubaix en 1925


Feuille d'arum d'Italie

Un tobrouck
Les tobrouks sont des abris ouverts sur l'extérieur dans la partie haute. Cette ouverture permet au soldat d'être en partie protégé et de pouvoir balayer sa zone à défendre d'un simple mouvement circulaire.

Tulipes et jacinthes en fleurs, partout dans la ville
dégradés de couleurs allant du rose fuchsia au blanc ou ivoire




Statue en bronze de taureau réalisée par Roch Vandromme en 1989.


Le midi et l'après-midi : repas puis découverte de l'espace Tourville

La vie de Jean Bart en vidéo ci-après, merci Patricia !


L'espace Tourville, notre histoire :

"Le projet de construction d'un vaisseau de ligne représentatif de la grande Marine de Louis XIV trouve ses racines dans les années 1982-1985, lorsque Christian Cardin déclare aux affaires maritimes de Cherbourg la découverte de six épaves de vaisseaux gisant au large du port de Saint Vaast La Hougue, à quelques encablures de la côte Est du Cotentin. Ces épaves constituent les vestiges d'une partie de la flotte de l'Amiral Tourville qui avait été armée par Louis XIV, au printemps 1692.

Christian Cardin mûrit ensuite le projet de reconstruire l'un de ces grands vaisseaux qui ont fait la gloire de la Marine Française et crée, en 1992, l'Association Tourville qui s'est donnée pour objectif la construction d'un vaisseau de 1 er rang du XVIIe siècle. Il sera le centre d'intérêt d'un village artisanal, lui-même intégré dans un parc historique et de loisirs mettant en scène les corsaires et la marine de Louis XIV.

Afin de légitimer l'implantation du site de construction du vaisseau, il s'avère nécessaire de donner à ce dernier un nom symbolique lié à un grand marin de la Marine de Louis XIV. Les membres de l'Association Tourville ont choisi tout naturellement celui de " Jean Bart", emblématique corsaire dunkerquois du XVIIème siècle."

Crédit texte : Association Tourville


Mr Jean - Edouard Cardin, directeur de l'espace Tourville



Prototype du Jean Bart échelle 1/15



Sculpture à taille réelle d'un des blasons
                                      qui seront visibles sur le château arrière du Jean Bart
Elle a été réalisée en bois de tilleul
par Jean Bouquillon pour l'association Tourville





La figure de proue est comme la pièce d'identité du bateau. Elle symbolise le rapport de son propriétaire à la mer et a l'autorité.

1 - LA FIGURE DE PROUE est érigée sous le règne de Louis XIV en fonction du nom du navire. Comme pour le château arrière, la proue est propice au développement de parties très esthétiques.

2 - AVANT LA FIN DU XVII SIÈCLE, de nombreux commandants édifient leur propre navire et le baptisent a leur nom. Il n'était pas rare que ces officiers commandent une figure de proue à leur image, avant de le dédier au roi
Avec la réforme de Colbert, de nombreuses règles sont édictées visant à unifier la marine royale.

6 - LA FIGURE DE PROUE cherche alors à représenter l'une des nombreuses réincarnations possibles du monarque: figures de l'histoire antique ou de la mythologie, notamment grecque.
Outre les symboles monarchiques, on retrouve des ornements à connotation belliqueuse, comme des figures de prédateurs ou des symboles guerriers, et des symboles solaires, représentations astronomiques ou référentiels tels que l'aigle, le miroir ou le coq.


LES CHATEAUX ARRIERES sont les quartiers des officiers. Sur terre comme sur mer, les ornements marquent la puissance et la richesse de ceux qui les possèdent I

1 - LES ORNEMENTATIONS constituent une arme psychologique puissante dans les flottes de la marine depuis l'Antiquité.
Au XVII, ils sont établis en l'honneur du roi, comme marque de sa puissance politique et économique.

2 - LA POUPE, quartier des officiers, est propice à l'installation de décors toujours plus élaborés, marqué par l'atmosphère baroque de l'époque. Pour des soucis d'équilibre du vaisseau comme d'économie nationale, Colbert les simplifie à l'époque de Louis XIV.

3 - LE CHÂTEAU ARRIÈRE regroupe dans la même partie du vaisseau les œuvres des différentes pratiques de travail du bois, entre pratique et esthétisme.
Les décorations prenaient des formes associées au nom du vaisseau concernée.

4 - LA POUPE était ornée de nombreuses sculptures et fioritures, attributs, armes ou emblèmes rappelant la présence du roi, ainsi que des galeries réservées aux officiers.











Un clou fabriqué par des membres de l'association

La forge

Le projet Jean-Bart

L’origine du projet

Le projet prend son origine lors de fouilles archéologiques en Normandie à Saint-Vaast-la-Hougue en 1985. Christian Cardin, en 1979, actuel président de l’association, découvre à l’aide d’un pêcheur du village lors de déplacements professionnels l’emplacement de six bateaux échoués en 1692 lors de la bataille de La Hougue. 
Ces vaisseaux sont les vestiges de la guerre qui opposa la France aux anglais et hollandais à la fin du XVIIème siècle. Dans les années 1690, en Angleterre, le roi James Stuart est chassé du trône par les protestants, qui mettent à sa place son beau-fils, Guillaume d’Orange. Il vient trouver refuge en France, chez son cousin Louis XIV. Louis XIV, défenseur de la catholicité, voudrait le remettre sur le trône. Le but est donc d’attaquer l’armada anglaise ; une rumeur se répand alors, prétendant que cette dernière allait se rallier à Louis XIV s’il attaquait. L’amiral Tourville ne veut pas y croire, d’autant plus que la flotte française est divisée à ce moment-là entre Brest et Toulon, et que les navires qui se trouvent à Brest ne peuvent pas rivaliser contre la flotte anglaise. Tourville veut donc attendre la flotte de Toulon avant d’attaquer. Cependant, forcé d’obéir au roi, il prend la mer : les anglais et les hollandais l’attendaient. On raconte que les trois flottes ont attendu face à face pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’un matelot apeuré tire le premier coup de canon. La France essuie une sérieuse défaite et Tourville veut ramener ce qui reste de sa flotte à Brest, environ 15 bateaux sur les 44 qui étaient partis. Cependant près de Cherbourg, un fort courant marin l’empêche de progresser (le Raz-Blanchard). Obligé de faire demi-tour, il se dirige donc vers Saint-Vaast-la-Hougue, où James Stuart était réfugié. Mais lorsqu’ils arrivent enfin, la mer est basse ; si les plus petits navires arrivent à atteindre la cote, les navires de premier rang sont attaqués et coulés. Trois seulement atteignent les côtes. Avec le temps les épaves sont oubliées. 
Christian Cardin mène pendant 4 ans le plus gros chantier archéologique marin du XXème siècle afin de mettre au jour six épaves suite à l’aide de la DRASM (Direction des Recherches Archéologiques et Sous-Marine de Marseille). S’en suit la création d’un musée sur l’île de Tatihou pour la mise en valeur de ces vestiges archéologiques.

Présentation du projet

De là il s’interroge sur la construction des bâtiments et créé l’association Tourville en 1992 en relation avec l’amiral et ces découvertes archéologiques avec pour but la construction d’un vaisseau de 1 er rang. Ce travail se traduit par une démarche d’archéologie navale expérimentale puisque le Jean-Bart n’a jamais existé. 
De plus Louis XIV avait fait débaptiser tous les navires ayant un nom d’homme à l’époque (en dehors des saints), on n’aurait donc jamais pu avoir un bateau s’appelant le Jean-Bart. Ce nom a été déterminé après étude de la vie du célèbre corsaire Jean-Bart, originaire de Dunkerque. Ce dernier appelé « l’ours » à la cour de Versailles était très apprécié du Roi Soleil. Il a été anobli en 1694 après la bataille du Texel et le roi lui a offert un bateau, le Fandan (3 ou 4 ème rang) en 1702 (exceptionnel), qu’il n’a malheureusement jamais pu diriger (le corsaire avait à cette époque attrapé froid et en est mort). 
Originaire de Dunkerque, Jean Bart a travaillé dans la marine hollandaise avant de devenir corsaire pour les français et de rapidement gravir les échelons. Il est devenu le héros de Dunkerque suite à de nombreuses prises et batailles. Il est connu pour avoir sauvé la France de la famille en pillant plusieurs navires ennemis remplis de nourriture. Du fait de notre situation géographique, nous avons pensé qu’il était judicieux de donner le nom du bateau au héros de Dunkerque. Ainsi, dans l’idée où un tel bateau aurait été construit à la fin du
XVIIème siècle par Louis XIV, il l’aurait très probablement offert au corsaire Jean-Bart, héros de Dunkerque.
L’association Tourville est à l’origine du plus grand projet de reconstruction maritime du XVIIème siècle.
Le président a pour volonté de développer l’économie touristique de la région mais aussi le patrimoine français au travers de ce chantier. Avant de débuter la construction il a cependant fallu trouver un site légitime pour la présence d’un tel chantier. Dans un premier temps, nous sommes situés en plein cœur du carrefour européen ce qui permet d’attirer un public varié. De plus, à l’époque de Louis XIV il existait 5 grands arsenaux, Toulon, Rochefort, Brest, le Havre et Dunkerque. Nous sommes à quelques kilomètres de Dunkerque mais aussi à proximité d’un fort Vauban, une place forte du littoral qui servait de desserte secondaire au port de Dunkerque.

Les sources

Après avoir trouvé le lieu adéquate au chantier il y a eu un grand travail de recherche fait en amont. Le bateau est bâti selon les techniques de la marine royale de Louis XIV de 1670-1680. Cependant au XVIIème siècle, le savoir naval était transmis de manière compagnonnique, c’est-à-dire à l’oral. Le maître-charpentier transmettait son savoir à ses apprentis à l’oral. Les premiers plans apparaissent seulement vers 1740-1750. C’est à cette époque que les métiers se spécialisent et que les plans se développent dans l’idéede construire des écoles. 
Vous connaissez peut-être l’Hermione (frégate de 1779-1790 qui a accueilli à son bord Lafayette) reproduite à Rochefort selon des plans existants au contraire du Jean-Bart en 1997.
Cependant les deux chantiers ne sont pas comparables, déjà par la taille (Hermione n’a qu’un seul pont contrairement au Jean-Bart qui en possèdera trois, de même l’Hermione n’a qu’une vingtaine de canons) mais aussi par la conception puisque l’Hermione a un but touristique (naviguer autour de la France). De ce fait le bateau a dû convenir à une certaine règlementation telle que la motorisation du bateau et l’étanchéité de ses cloisons 
Le Jean-Bart quant à lui sera « handicapé par sa manœuvre » mais il pourra être remorqué
pour les manifestations navales nationales et internationales.
Le Jean-Bart est donc un projet d’archéologie navale expérimentale puisque nous n’avons pas de plans retraçant la construction de bateaux d’une telle ampleur. Afin de comprendre comment bâtir un tel bateau, nous avons compilé plusieurs données. Les premières proviennent des fouilles archéologiques et des études menées autour des épaves de Saint-Vaast-la-Hougue. 
Deux des épaves, le Saint-Philippe et l’Ambitieux étaient également contemporains d’une seconde source, l’album de Colbert. Ce dernier, daté de 1680, tient son origine de la volonté du Roi Soleil de standardiser la construction de ses bateaux. Ainsi nous pouvons observer 50 planches, réalisées par des dessinateurs rendus à l’arsenal de Toulon pendant 3-4 ans (durée de construction d’un vaisseau de 1 er rang à l’époque avec 600 charpentiers). Ces dessins,
reprenant étape par étape l’élaboration d’un vaisseau posent par contre problème, puisqu’il manque toutes les mesures, dimensions mais aussi le volume. C’est pourquoi nous avons compilé les dessins de l’album de Colbert et les données des navires des Saint-Vaast-la-Hougue qui se complètent et nous ont permis de reproduire un vaisseau de cette époque.

Les prototypes

Afin d’établir la faisabilité des plans et des recherches effectuées, un premier prototype a été créé, le mulet. Cet outil est le premier élément sur lequel les charpentiers ont travaillé (crayon de papier), c’est une ébauche du bateau réalisé en 1/15 ème (15 fois plus petit que la taille réelle du Jean-Bart). Le mulet terminé un deuxième prototype, plus abouti a été mis en forme en 1998 afin de finaliser l’étude des pièces du navire. Ainsi en 2002, les premières pièces du navire (les quatre pièces de la quille) ont été mises en place, débutant officiellement le chantier naval. Actuellement, les plus hautes pièces installées correspondent à la ligne de flottaison, le navire ayant 6m de tirant d’eau, ce qui correspond à cette hauteur sur le prototype.

Le Jean-Bart

Vaisseau de 1 er rang, les canons

Le Jean-Bart est un vaisseau de 1 er rang. Le rang se définit en fonction du nombre de canons que possède le navire, qui influe également sur sa taille. Pour être désigné comme vaisseau de 1 er rang, le navire devait avoir au moins 80 canons, puis on déclinait jusqu’au 5 ème rang et les frégates (20 canons) (1 er rang : plus de 80 canons//2è rang : entre 80 et 67 canons//3è rang : entre 67 et 54//4è rang : entre 54 et 37//5è rang : 37 et 20 ; en dessous frégates). 
Les bateaux de 1 er rang servaient plutôt au commandement tandis que les autres se combattaient en guerre de ligne (face à face ils tiraient les uns sur les autres). Le Jean-Bart transportera 84 canons, ça en fait l’un des plus petits vaisseaux de 1 er rang malgré ses 57m de haut, 15m de large et 12 à 17m de haut (pour la coque). Les canons ressembleront à ce  que vous pouvez voir ici, même si celui-ci est en bois. La plupart du temps les canons étaient coulés en acier car moins cher mais la moindre aspérité pouvait faire exploser le canon lors de sa mise à feu au contraire des canons en bronze, réservés bien souvent au premier pont car plus nobles, plus esthétiques, qui se fissuraient seulement. Vous avez dans l’atelier une maquette en 1/15 ème d’une fonderie de canon qui explique les différentes étapes : un module en bois est recouvert d’une mélasse qu’on vient grillager, lorsque la mélasse est sèche, on retire le module en bois et on y insère une barre servant à pré-percer le bronze. L’ensemble est mis à la verticale dans un trou de 4m de profondeur afin d’y couler le métal (acier ou bronze), avant que le métal ne soit totalement sec on le retire du moule pour réaliser l’alésage (on pendait le canon la tête en bas dans une sorte d’ascenseur, et des chevaux venaient descendre le canon sur un foret pour le calibrer définitivement, sans aucune aspérité). Même quand le bateau coulait, on allait la plupart du temps repêcher les canons, grâce à un système avec une énorme cloche que l’on venait plonger dans l’eau avec une personne à l’intérieur (c’est le cas avec le Vasa, un bateau suédois coulé en 1628 car trop haut et trop chargé, retrouvé pratiquement intact). Le modèle de canon ici est un canon 36, cela signifie que le boulet pèse 36 livres (18kg), cependant le Jean - Bart aura des canons de24 livres. Il faut savoir qu’en temps de guerre, les matelots chargés des canons (entre 12 et 15) dormaient au-dessus dans des hamacs appelés des branles, d’où l’expression « branle-bas de combat » qui se traduit par « branle-bas », mettre son branle à bas (le décrocher et le ranger), pour se préparer au combat.

Le chêne

On estime que le poids du bateau atteindra entre 1400 et 1600 tonnes seulement pour sa structure, la charpente, comptez 3500 tonnes avec les canons, les matelots (500 à 700), les stocks, les voiles (5000m² de voilure), le leste avec les boulets et des pierres. A cause du terrain marécageux, nous avons retravaillé l’ensemble du terrain sous le navire sur 3m de profondeur afin d’éviter qu’il ne se déforme et se tasse (8 points de décharge). 3600 chênes (1800m 3 ) seront nécessaires à la construction du navire, il faut savoir qu’un chêne correspond à une pièce du bateau d’où l’importance des prototypes pour éviter de faire des
erreurs. La plupart des chênes proviennent de Picardie (forêt de Compiègne, Saint Gobin Villers-Cotterêts ou Marly le Roi). Grâce à un partenariat à l’ONF (Office National des Forêts), nous pouvons choisir les chênes adéquates. L’association est prioritaire sur le choix des arbres ; il existe une loi datant du code Napoléon qui donne le patrimoine prioritaire sur l’économie. Il arrive que l’on retrouve à l’intérieur du bois des balles de mousquet, des têtes d’obus, du fil barbelé, et même un nid d’écureuil fossilisé. Le bois doit être courbe pour correspondre aux pièces voulues. Sur l’ensemble du bois récupéré, seul le bois parfait, le cœur, est utilisé car il est stable. Les chutes et l’aubier (la partie claire, plus fragile) sont utilisés pour aider à la charpente des bâtiments et des meubles, au chauffage de la taverne ou encore au fumage de poisson à la saurisserie. Afin d’assembler les pièces entre elles, plusieurs techniques sont possibles, le trait de Jupiter, le papillon ou encore la technique de tenons-mortaises.

Les sculptures

Un autre bois peut être utilisé, notamment le tilleul mais seulement pour le décor, les sculptures. Ce bois est plus malléable et plus léger, le blason que vous voyez sera placé sur le château-arrière. En sculptures, il y aura également la figure de proue (4m de haut) représentant un dauphin (vision du XVIIème), symbole de Dunkerque, surmonté d’une figure mythologique grecque (probablement Poséidon).
Une fois terminé, le Jean Bart ne sera cependant pas navigable. En effet la législation actuelle oblige les bateaux à être munis d’un moteur et de parois étanches. Le fondateur, Christian Cardin, a pris le parti de réaliser un bateau authentique et donc de ne pas avoir de moteur, ce qui l’empêche de naviguer. Il sera « handicapé par sa manœuvre » ce qui permettra tout de même de le remorquer pour des manifestations de la marine le cas échéant. Il restera donc dans un bassin comme bateau musée..

Le village

La forge

Afin d’assembler certaines pièces du bateau, plusieurs types de clous sont utilisés. De ce fait, une forge a été créée à l’Espace Tourville. Elle est gérée par des bénévoles retraités qui viennent forger des clous allant jusqu’à 5m de haut. Ils partent d’un tige carrée (fer doux auparavant) et avec un système de gabarit ils viennent frapper la tige pour lui donner la taille et la forme voulue. Les clous sont d’un même tenant, et non pas en deux parties soudées comme aujourd’hui.

La saurisserie

Ce bâtiment construit en 2016 s’inscrit dans la reconstruction d’un village développé autour d’un arsenal au XVIIème siècle. On utilise la sciure, les copeaux et l’aubier afin de fumer du poisson et de la viande afin de n’avoir aucun déchet sur le chantier (développement durable du XVIIème siècle). Le poisson (saumon, morue, chien de mer, truite saumonée) et la viande (filet mignon, magret de canard, poitrine de porc) sont fumés dans ces salles et consommés à la Taverne ou vendus à la boutique. Même la structure est construite à l’aide du bois du chantier, excepté la porte coupe-froid qui répond à des normes particulières.
Il faut savoir que lorsque les bateaux partaient en mer ils emmenaient avec eux une véritable basse-cour avec les animaux (vaches, cochons, poules, etc), des réserves de fruits et légumes, de la viande séchée salée et fumée. Cependant les animaux n’ayant pas le pied marin (excepté le cochon), la plupart décèdent rapidement et les marins manquent cruellement d’aliments convenables. La plupart souffrent du scorbut qui est une carence en vitamine C. L’aliment principal des marins était le biscuit de mer, un pain très sec qui se conserve très longtemps et que les marins trempaient pour ramollir. De même, ils buvaient plus souvent de la bière ou du rhum car l’eau était une denrée rare et ils ne savaient pas encore comment la conserver.

Le bateau

Le Jean-Bart aura trois ponts, fera 57m de long, il y aura 12 à 17m de haut pour la coque (nous sommes aujourd’hui au niveau de la ligne de flottaison comme dit précédemment donc à la moitié), l’ensemble sera surmonté de mâts allant jusqu’à 57m de haut. La couleur noire est due à un mélange appliqué sur le bois qui accélère le changement de couleur naturel du bois, un mélange d’huile de lin, de xylophène et d’essence de térébenthine. Afin que le séchage soit uniforme, le bateau est orienté nord-sud en fonction du soleil.

Dalle de traçage

La dalle de traçage est le lieu d’assemblage des pièces. Après l’achat du bois, le tronc est équarri sur 2 faces dans une scierie en Belgique. On réalise ensuite un gabarit particulier, les plans sont imprimés directement à la bonne taille, le gabarit est posé sur la pièce et on plante des clous pour le repère.

Ce chantier est également un chantier d’insertion professionnelle puisque nous accueillons de nombreux stagiaires, des compagnons afin qu’ils se forment à la charpente navale.

Conclusion

Le Jean-Bart est un projet transversal qui souhaite développer l’économie et le tourisme de la région mais aussi l’emploi (bénévoles de la forge, insertion professionnelle avec stagiaires, etc). 
Nous renforçons les liens tissés avec l’Europe par le biais de projets comme Interreg avec l’Angleterre et la Belgique.
Le budget s’élève à environ 8-10 millions d’euros. Il faut savoir qu’avant 2015 nous étions en autofinancement (mécénat, visites, dons, etc). Depuis deux ans nous avons reçu nos premières subventions de l’Etat (mairie de Dunkerque) et nous souhaitons poursuivre ces subventions en espérant qu’elles se développent de plus en plus, au fur et à mesure que le projet avance.
Source : Espace Tourville, rédigé avec l'accord de l'auteur.

Voici le lien vers le reportage que j'ai rédigé après notre visite, avec Alain et Sabine, le 22 décembre 2025 :

Visite le 22 décembre 2024 à GRAVELINES